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cover wasting shit

Wasting shit, l’enfant d’internet à l’univers brut et inclassable

Parmi la nouvelle vague de rappeurs qui déferle depuis quelques années maintenant, on retrouve des profils de plus en plus atypiques. L’un d’entre eux m’a particulièrement marqué par les sonorités qu’il utilise et touché par les textes : wasting shit. Ovni parmi les ovnis, il a développé son propre univers, unique et inédit par le mélange et la variété de ses influences.

Originaire de noisy-le-sec dans le 93, wasting shit est aussi connu sous d’autres pseudonymes, notamment bobby, bob glocc ou encore fdo38. Cette multiple identité est également visuelle, dans les clips comme sur les covers, grâce à un avatar : une tête de citrouille, que l’on retrouve sur la cover de «1M NE SE GASPILLE PAS TT SEUL», son dernier album solo, ou encore dans le clip de « Terrorisme De Proximité », un des sons qui l’a révélé à la scène underground.

On peut apparenter le style de wasting shit au mouvement de l’hyperpop ou digicore, mouvement qui s’inspire et reprend les codes des années 2000 pour les pousser à l’extrême et y mêler la culture rap. On retrouve notamment dans un certain nombre de morceaux la voix de Selena Gomez sur Disney Chanel, suivie de références notoires au rap old school. Véritable produit de ses influences, bobby mêle alors rap, trap, pop, rock, punk, techno et electro, tant dans la musicalité et les prods que dans les thèmes abordés. On observe des rythmiques parfois boombap ou trap, parfois techno ou two-step, appuyé par des synthés puissants ou des samples variés, qu’il produit lui-même pour la plupart. Wasting shit reprend ces codes digicore jusqu’aux visuels, avec un univers très saturé, surchargé et dégradé que l’on retrouve dans sa musique. Il s’inscrit aussi assez bien dans ces mouvements de la nouvelle génération par la culture internet omniprésente, par les références aux jeux vidéo, notamment le sample de cyberpunk 2077 dans le single les fourmis qui annoncera l’album en 2024, par les bruitages dans les prods mais également dans l’esprit de débrouillardise : wasting shit a tout appris tout seul et ça se sent : « j’ai appris sur internet, pas à l’école ».

D’abord beatmaker, il a appris à utiliser les logiciels grâce à des tutoriels et du temps passé seul devant un ordinateur. Ce thème de la solitude revient d’ailleurs très souvent, ce qui est un leitmotiv des « enfants d’internet ». Il personnifie également sa relation avec son logiciel de production, FL studio, qu’il présente comme sa seule raison de vivre : « si j’avais pas FL, j’aurai déjà surement fini sous l’métro ». Plus que la solitude, il évoque régulièrement une véritable méfiance des autres, qui voudraient profiter de lui ou s’approprier une histoire et une réussite qu’il a construit tout seul, ou presque. Cet esprit fait maison, hustler, également issu de l’influence de la trap d’Atlanta, dégage une véritable authenticité, il y a peu de filtres entre l’artiste et ses auditeurs : concerts intimistes, liberté totale de l’indépendance dans la communication, notamment par Twitter, Instagram ou encore par twitch, où il stream parfois en faisant de la musique. Cet esprit trap et hustler dégage aussi un autre des thèmes récurrents qui devient omniprésent sur son dernier album solo jusqu’au titre : la réussite. Issu de milieu défavorisé, il a vécu à la rue ou dans des squats, mentionne une consommation régulière et variée de drogue et manque cruellement de moyen. Il émane de lui une profonde tristesse, mentionnant notamment la perte de proche, les problèmes de drogue et sa volonté d’arrêter ou même sa dépression et ses problèmes mentaux : « j’entends des voix ma tête ma gueule j’crois pas que c’est la zeb », « j’vois tout en gris j’sais déjà que j’ferai pas d’colors ». La réussite qu’il recherche n’est pas que financière, on distingue clairement un manque d’estime et la recherche de reconnaissance. Pourtant, il conserve une image presque punk, en marge et antisystème : « j’donnerai pas ma vie pour de l’or, c’est juste un genre de caillou », tout en se revendiquant capitaliste presque dépité du constat contraire à ses valeurs : « j’tournais dans tout paris pour faire un billet j’suis un capitaliste ».

Il tourne parfois sa souffrance et son pessimisme en auto-derision, notamment par son avatar, la tête de citrouille, qui fait référence au fait qu’il soit roux, souvent source de moquerie, ce qui l’a fait s’isoler. Pour autant, wasting shit n’est pas complétement seul, il est aussi entouré notamment par Err walou, avec qui il forme le groupe Angsty Camboyz Revenge, Tommy Moisi, avec qui les deux gèrent la chaîne youtube « onlydogzcanjudgeme » ou tous les sons des artistes en groupe, en feat ou en solo sortent. On retrouve le même esprit de débrouillardise dans tous les clips de la chaîne, on peut notamment voir le duo imprimer leur propre merch dans le clip de « Glory » issu de leur dernier album TH6NKS sorti en janvier.

On retrouve également le même univers musical dans le duo : ACR reprend les codes des boys band pop/emo/punk tout en y apportant une culture rap forte et des influences très électroniques. Les deux artistes sont complémentaires, wasting shit étant d’abord le beatmaker du groupe. Err walou et sa voix très pitchée, aux sonorités souvent féminines, ramène encore plus de diversité à l’univers déjà complexe et profond de wasting shit. Si les deux premiers projets du duo ne sont pas forcément accessibles à tous en partie à cause d’un mixage très particulier, les albums I LOVE MUSIC (2022) et TH6ANKS (2025) ainsi que l’EP ETERNELLE (2023) sont particulièrement bien produits et mérite qu’on s’y plonge réellement. ETERNELLE en particulier a même eu sa mention sur la chaîne youtube du règlement. Il y en a pour tous les goût ! Le groupe passe d’ailleurs en concert à Bordeaux à l’iBoat le 20 février.

Pour vous plongez un peu plus dans l’univers de wasting shit, je vous conseille d’écouter 1M NE SE GASPILLE PAS TT SEUL, qui est mon album préféré de 2024, ainsi que l’EP G.L.O.CC, et pour les plus curieux et aventureux de creuser la trilogie des was+e +ape, des mixtapes sans réelle organisation qui renferme de véritables pépites.

Enjoy and stay tuned

Arthur Maurois

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