Avant les vaisseaux spatiaux et les grooves interstellaires, replongeons-nous dans l’Amérique des années 50. A cette époque, le gospel et le blues laissent progressivement la place au Doo-wop, un sous-genre du Rhythm and blues (si vous avez suivi nos vidéos Black History Month).
IntroFunktion cosmique.
C’est dans un salon de coiffure du New Jersey, que la première formation du groupe de Doo-wop, The Parliaments, voit le jour. Les Parliaments faisaient également beaucoup de backing tracks telles qu’une reprise de Sgt pepper’s lonely hearts club band des Beatles.
Menés par George Clinton, les Parliaments vont enchaîner les contrats de label sans connaître de succès jusqu’à sortir I Wanna Testify en 1967 sur le label Revilot. Tout s’accélère un an plus tard après un litige avec le label. Clinton abandonne le nom The Parliaments et la formation se retrouve à enregistrer de la musique sous deux noms différents : Parliament et Funkadelic.
A l’origine du P-Funk : deux groupes, une galaxie.
Le P-Funk, ou funk psychédélique, trouve ses racines dans deux courants majeurs des années 60 aux États-Unis que sont le funk et le rock psychédélique. Le funk, porté par James Brown, repose sur des rythmes syncopés et une basse imprégnée de groove. À l’inverse, le rock psychédélique est marqué par l’expérimentation, les guitares leads chargées d’effets sonores et des structures bien plus libres.
C’est à la croisée de ces deux univers que se situe George Clinton. Après l’ère Doo-wop, sa vision musicale change de dimension. En relançant Parliament avec l’album Osmium (1970), il amorce un virage vers un funk plus libre, teinté d’influences hippies. Mais rapidement, des contraintes contractuelles le poussent à privilégier Funkadelic comme principal terrain d’expression. Derrière ce nouveau nom, les musiciens restent quasiment les mêmes, mais la musique, elle, s’aventure ailleurs : guitares saturées, structures étirées, expérimentations sonores. Avec leurs premiers albums, notamment Funkadelic (1970), et Maggot Brain (1971), le collectif se structure et affine progressivement son identité.
En parallèle, Parliament refait surface quelques années plus tard avec une orientation plus directe. Le funk y devient plus présent, porté par des grooves immédiatement accrocheurs.
Peu à peu, les frontières s’estompent. Les deux groupes partagent leurs membres, leurs idées et presque une même direction artistique. Deux groupes se réunissent dans une même galaxie : le P-Funk, à la fois enraciné dans le groove et nourri d’expérimentations psychédéliques. Plus largement, le P-Funk anime sa musique avec un univers et des visuels de science-fiction. C’est bien Parliament qui en incarnera la forme la plus emblématique, bien que les deux entités coexistent, avec des albums comme Mothership Connection (1975), Clones of Dr.Funkenstein (1976) ou encore Funkentelechy vs. The Placebo Syndrome (1977).
Les OVNI existent !
Et ils ne se seraient jamais vraiment cachés. En mission interstellaire, George Clinton et les Parliament nous sont envoyés pour transmettre leur groove délirant… Ils étaient persuadés que le funk ne pouvait venir que d’ailleurs. Car le P-Funk n’est pas qu’un style musical, c’est une galaxie à part entière.
Dans Mothership Connection (1975), les extraterrestres débarquent. À leur tête, Star Child, messager du groove envoyé sur Terre pour libérer nos esprits à grands coups de funk.
Mais l’univers P-Funk ne s’arrête pas là. Dans Clones of Dr.Funkenstein (1976), apparaît une autre figure centrale : le Dr. Funkenstein, savant fou et architecte du funk, lui aussi incarné par George Clinton.
Autour d’eux gravite une flopée de personnages délirants, dont Sir Nose D’Voidoffunk, ennemi juré du groove, dépourvu de funk et incapable de danser. Face à lui, on retrouve Star Child dans un affrontement aussi symbolique que délirant, notamment sur le single Flash Light (1977)…
Vous commencez à comprendre le délire. Les alter égo musiciens de George Clinton vont connaître de nombreuses aventures au fil des albums jusqu’à la fin de Parliament.
Si vous voulez plus de mythologie P-Funk, je vous renvoie vers le livre P-Funk L’odyssée de George Clinton (2023) de Real Muzul !
Conclusion.
Le P-Funk n’est donc pas un simple courant du funk. Avec George Clinton, Parliament et Funkadelic forment une seule et même entité très associée au terme P-Funk et où le groove devient un langage universel entre expérimentation et rythmes dansants. Ses échos résonneront bien au-delà du funk car quelque part, dans les rues de la côte Ouest des États-Unis, une nouvelle génération s’apprête déjà à s’en emparer.
Ma recommandation : les trois albums de Parliament dont on a parlé et qui ont débuté la mythologie P-Funk de 1975 à 1977.
Une dernière recommandation pour vous : le Tiny Desk de George Clinton & The P-Funk All Stars. Surtout quand ils jouent Give Up The Funk… c’est magique.
PS : Clinton débarque dans une soucoupe volante en concert
La suite au prochain épisode !
Florent Barbry-Delaunay