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Le Coup de Projo #3 Loud : Qui a dit que rap et accent québécois n’étaient pas conciliables ?

On entend très peu parler de rap lorsqu’il s’agit de nos amis canadiens, pourtant le Québec connait depuis quelques temps un renouveau de sa scène hip-hop et voit émerger des artistes prometteurs tels que Loud.

Même si l’accent québécois est souvent victime de railleries par nous autres franco-français moqueurs, Loud va te faire effacer le rictus dédaigneux qui est apparu sur ton visage à l’évocation du Québec (Oublie les clichés, les « tabarnaks » et les « chumps », et écoute.)

Loin d’être un inconnu de la scène, le rappeur de 29 ans fait ses armes depuis 2011 au sein du trio Loud Lary Ajust, mais c’est en avril dernier qu’il a sorti son premier EP en solo en proposant quelque chose de très différent de ce qu’il faisait avec ses deux acolytes.

Son flow risque de te surprendre les trente premières secondes durant lesquelles tu découvriras ses textes où il mêle l’anglais au français. Le choc des cultures se fait en douceur sur des instrus planantes qui mettent en valeur une plume percutante et riche en références. Le franglais est sa marque de fabrique, et qu’on y adhère ou non, il l’accentue et l’exagère.

« J’écris des verses en anglais dans mes cours de français »

Ce qui le caractérise aussi, ce sont ces prod’ épurées et très chill (de Ruffsound pour la plupart), qui permettent à ses textes de résonner. Ce minimalisme, on le retrouve partout dans l’univers esthétique du rappeur. Que ce soit dans le clip de son titre 56K, sur la pochette de son EP- New Phone ou dans sa façon de s’habiller, l’artiste prône la sobriété. C’est peut-être sa façon de se démarquer de cette masse de rappeurs qui agitent billets verts et weed à tout-va dans leurs clips. Loin d’être tape-à-l’œil, pendant que ses confrères s’enivrent au Jack Daniels, lui boit du jus d’orange dans un verre à champagne (Clip de 56K).

Dans l’EP, il aborde des thématiques qui reviennent dans chacun de ses quatre titres : Le temps qui passe, les erreurs adolescentes, le renouveau d’où le titre de l’EP New Phone faisant référence à une rupture effective avec son passé. L’égo trip est également omniprésent dans ses lyrics. Dans 56K, il évoque sa « supériorité » avec naturel et facilité. Avec son flow nonchalant et une rythmique lente, il prend son temps pour montrer qu’il survole le rap game (ce qui est illustré vraiment très très « subtilement » par la dizaine de Boeings l’entourant dans le clip). Les trois autres titres, New Phone interlude, Longues Histoires Courtes, et le Pont de la Rivière Kwaï, sont menés par une mélancolie explicite et des textes soignés.

Ce spleen québécois rassemble le meilleur du rap US et du rap français, des instrus oldschools efficaces flirtant avec les prod’ de la West Coast et l’authenticité incisive des rappeurs francophones. On peut d’ailleurs le comparer au rappeur belge, Roméo Elvis, notamment par la similitude de leur timbre et de leur flow. Il ne reste plus qu’à Loud de s’imposer, comme lui, sur la scène française. Mais apparemment ça fait déjà parti de ses projets :

« On s’apprête à rouler sur Paris, smell that new cheese » (56K)

Cliché quand tu nous tiens.

 

Par Margaux Philippon.

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