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LOS ANGELES, CA - FEBRUARY 12: A Tribe Called Quest performs onstage during The 59th GRAMMY Awards at STAPLES Center on February 12, 2017 in Los Angeles, California.   Kevork Djansezian/Getty Images/AFP

Musique et Revendications de la jeunesse : Quand les artistes prennent position.

Mai 68, les étudiants parisiens manifestent une fois de plus dans les rues de la capitale. Parmi les chants et slogans contestataires : « Hope I die before I get old », paroles de « My Generation » du groupe britannique The Who.

Illustration notable du lien entre musique et jeunesse, notamment dans ses revendications, nous allons nous pencher plus en détail sur ce phénomène, avec 3 exemples marquants au cours des dernières décennies.

 

 

La fin des Sixties : Décennie la plus importante de l’après-guerre, tant par son impact sur la société qu’au niveau musical, elle a vu émerger de fortes revendications de la part des jeunes telles que Mai 68 en France, le mouvements hippies contestataires de la guerre du Vietnam aux USA ou encore les manifestations suite au Printemps de Prague en Europe de l’Est.  Les premières générations nées après-guerre n’ont pas tardé à faire entendre leur voix.

Et alors que l’on parlait jusqu’ici d’une musique “divertissante”, créée avant tout pour distraire, danser, à l’instar du rock des années 50, la fin des années 60 furent le théâtre de la naissance d’un genre nouveau : La musique engagée.

En Europe ce sont les paroles de « Street Fightin Man » des Rolling Stones, « My Generation » de The Who, ou encore des Doors, que scandent les étudiants, tandis qu’en Amérique, la non-violence est pronée directement dans les paroles d’artistes tels que Bob Dylan ou encore Jimy Hendrix, dont la performance mêlant hymne américain et bruit de bombes, lors du festival hippie de Woodstock en 1969, est encore aujourd’hui internationalement connue.

Tous ces mouvements de contre-culture, libération des mœurs, dédiabolisation de la drogue auront réussi à abolir les frontières entre art, politique et culture, et à transformer des « protest-song » en chansons populaires.

On assiste ici aux premières revendications politiques prises par des artistes, dans un monde marqué par la Seconde Guerre Mondiale et le début de la guerre froide, et, si aujourd’hui il n’est plus choquant de voir des artistes prendre position ( Eminem passe toujours le bonjour à ce cher Trump ), on peut dire sans hésitations que c’est cette implication qui pousse en partie les jeunes à entreprendre autant pour changer la société.

 

70’s : Décennie considérée comme plus calme suite aux avancées sociales et technologiques des 30 glorieuses, les Seventies voient éclore le disco, symbole d’une jeunesse libérée, se trémoussant sur les premiers hits des Bee Gees, ou encore Chic.

Mais quelques années de cette décennie rentrent particulièrement en compte dans une approche sociale de la musique. En parallèle du rock anglais des années 60 est né un genre plus politisé, rebelle : le Punk / Punk rock.

Et si ce style (de vie) a perduré au point que chaque Kedger ne peut éviter Maurice et ses 4 chiens devant le Carrefour City rue Sainte Cath’, la raison se trouve notamment durant cette période.

Mouvement culturel, vestimentaire et musical, le punk des années 70 se caractérisait tout simplement par un rejet de toute structure existante, un appel à l’anarchie, et « un gros doigt d’honneur aux hippies ».  En dehors de leur apparence facilement identifiable, les punks véhiculèrent une image de marginaux souvent associée aux violences en parallèle des manifestations anglaises et à leur provocation constante.

1976-1977 furent les deux années phare du mouvement punk. En pleine crise économique, début du chômage, naissent deux groupes majeurs : les Sex Pistols et The Clash.

Multipliant les scandales, les appels à la révolte, les deux groupes se présentèrent en porte-paroles d’une génération sans idéaux, victime de l’oppression du système. Ils auront ainsi joué sans label, catégorisé comme restreignant leur créativité. Derrière les groupes de punk se massent les jeunes en quête de liberté, utopiques pour certains mais toujours légitime.

Si le mouvement n’aura pas gardé cette intensité plus de quelques années, le punk n’est toujours pas mort, et garde cet héritage depuis 40 ans, inspirant les jeunes à tout quitter et crier haut et fort «  Fuck the system » .

 

90’s : Considérée en Europe comme une décennie sans réelle identité par rapport à ses (prédécesseurs), les années 90 auront eu le mérite de voir la libéralisation d’un genre aujourd’hui phare : le rap.

Conçu par et pour le ghetto noir américain, le rap est longtemps resté un style communautaire et peu diffusé à travers le monde.  Et alors que le rock de Nirvana, Radiohead, ou des Red Hot cartonne en Europe, le rap fit sans crier gare, l’effet d’un bombe.

En effet, de toutes les grandes villes américaines naissent des collectifs ou artistes hip-hop. On retrouve ainsi par exemple : Outkast d’Atlanta, les Geto Boys de Houston, Twista de Chicago, Le Wu Tang Clan de NYC…

Ces derniers auront une très forte influence sur leur époque, voulant revenir à un rap utilisé comme moyen d’expression et non simple machine à sous.

Lassés de la superficialité et le discours récurrent du gangsta rap « bling bling », les rappeurs américains des nineties évoluèrent rapidement sur un discours témoignant des conditions de vie des jeunes parqués dans les ghetto, victimes de nombreuses violences policières et au quotidien, marqués par les trafics.

Le genre se démocratisant, crée des superstars internationales à l’instar de Tupac Shakur, qui envahissent les radios des maisons des « middle classes » blanches. La prise de conscience à propos de la réalité des ghettos américains et des discriminations au sein de ces derniers, parvient enfin aux oreilles du plus grand nombre.

Le rap comme voix d’une classe sociale, citant Malcom X, Martin Luther King, et alternant entre dénonciations et messages d’espoirs pour les jeunes prisonniers du ghetto, a marqué les années 90 et reflète encore une fois le pouvoir de la musique et de l’art en général dans la prise de conscience politique et sociale.

 

Que ce soit dans les manifestations étudiantes des Sixties, pour dénoncer les conditions de vie des jeunes afro-américains, ou l’anarchie prônée par les punks, la musique aura marqué une grande partie de la jeunesse de la fin du XXème siècle : Réunissant convictions politiques et talent artistiques, la musique s’est imposée comme moyen de communication et diffusion des idées, notamment auprès des jeunes, et nous permet aujourd’hui d’assister à une multiplication des débats politiques.

Platon disait déjà : “Pour connaitre un peuple, il faut écouter sa musique”…et si la France semble se résumer aujourd’hui à un vaste repérage de femme sur les réseaux, les artistes engagés partout dans le monde sont plus que jamais efficaces, pour le bonheur de la liberté d’expression et de la culture.

Par Matthieu Le Goff

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