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[LIVE REPORT] Rilès, surcôté ?

Ce jeudi 26 octobre avait lieu le concert du prodige Rilès, au Rocher de Palmer, à Cenon. L’artiste a tenu le pari de sortir une musique par semaine, pendant un an. Production, visuels, chant, tout fut réalisé dans sa petite chambre, par lui et lui seul. La performance est tellement impressionnante que Seb la Frite, le  YouTuber à plus de 3 millions d’abonnés, a consacré une vidéo à l’artiste en l’encensant de qualificatifs tels que “flow naturel”, “artiste complet”, ayant pour but de lui donner un “coup de pouce”, afin de le révéler à un public plus large. Six mois plus tard, le voilà en tournée à l’occasion de son Jungle Tour. Nous avons donc eu l’opportunité de le découvrir en concert, hors des quatre murs de sa chambre. Le contraste est palpable.

Après avoir attendu une journée entière devant la salle de concert et 30 minutes de DJ set, les fans de Rilès peuvent enfin exulter en voyant le Rouennais débouler sur la scène et entonner le premier RILÈSUNDAYZ, OHMAMA. Dans l’audience : de tout. Étudiants, adolescents, pré-adolescents, parents. Un peu surprenant à première vue puisqu’on connaît les messages véhiculés par l’artiste. Et si certains parlent à la majeure partie de la population, d’autres ne se verraient sûrement pas être adaptés à tous les publics, si l’on s’attarde réellement sur les paroles de chaque chanson. On pense notamment au refrain de Should I (smoke alcohol or drink some weed ?), deuxième RILÈSUNDAYZ et deuxième performance de l’artiste lors de son show bordelais. Mais on se dit que l’anglais et les ados, ça fait souvent deux, et on comprend totalement qu’ils s’attardent plus sur la musicalité que sur la morale.

Deux, trois prestations s’enchaînent, dont celle de U Better Listen (My Own), un de ses plus gros succès sur sa chaîne YouTube, puisque la musique comptabilise plus de 2,3 millions de vues. L’artiste en profite pour prendre la parole, et donner une “leçon de vie” à ses fans. Et c’est là que ça se gâte.

On a souvent le droit de la part d’un peu tout le monde (surtout les artistes) à la rengaine “suivez la petite voix au fond de vous, faites ce que vous voulez, faites pas attention aux haters”. Et étant donné le parcours de Rilès, sa vie familiale qu’il a quelque peu évoquée, le rapport entre ses parents et le rap, la façon dont l’artiste s’est construit et la philosophie de travail qu’il a adoptée, on s’attendait à un petit discours de ce type. Vu et revu, réchauffé, mais on se dit que c’était nécessaire, et puis vu la jeunesse du public, le fond était probablement adapté. Le souci, c’était la forme.

Je me suis construit tout seul, là y a les labels de Drake, de Khalid qui frappent à ma porte, le seul contrat que je signerai ce sera sous MES conditions et ce sera UN CONTRAT DE FILS DE P*** !” sont les mots que Rilès a prononcés pour soutenir ses propos concernant son indépendance et son mépris pour les artistes poussés par les labels qui “contrôlent les médias” et qui corrompent le succès des artistes ayant signé chez eux. Un ton quelque peu dénonciateur donc, envers les labels, les artistes, les médias, et envers le travail que chacune de ces entités fournit à leur échelle. On aurait aimé être dans la tête des parents de pré-ados présents à ce moment-là, pour savoir quoi penser de ce discours ? Quel exemple donne-t-il vraiment ?

Forcément, après cette intervention poignante, la performance qui suit est celle des fameuses PESETAS. Ce son je l’ai écrit pour vous mes haters, c’est vous qui me donnez la force, continuez”. Le public est en feu, la voix de Rilès est couverte par toutes les adolescentes chantant gaiement “I don’t give a fu**, y’all can suck my di**”, la fusion est totale. L’artiste nous confie même à la fin de la prestation “ouah Bordeaux vous êtes chauds, je crois que c’est le meilleur PESETAS que j’ai jamais fait !”. Un élan de sincérité qui a complètement conquis le jeune public qui crie désormais à en perdre la voix.

En résumé, un sentiment de malaise tout le long du concert. C’est un avis totalement subjectif et assez tranché, mais la jeunesse du public entrait en totale contradiction avec la philosophie du personnage, la subtilité quasi-inexistante de son discours, et surtout la présence de parents dont il doit forcément être au courant s’il a un minimum connaissance de sa communauté de fans. Rilès, c’est un artiste talentueux, prometteur, un réel showman, personne ne lui enlèvera cela. Mais on peut être déçus de la manière dont il communique avec son public, de ce pour quoi il fait passer les labels, les artistes et les médias qui ne sont pas tous dépendants de telle ou telle structure “corrompue”, qui proposent des avis parfois voire souvent en marge de ce que la majorité peut véhiculer, et qui possèdent une totale liberté et une force de travail engagée dans la cause qu’ils défendent.

Ce constat ne prend pas sa source dans la “hate” ou la volonté de descendre pour descendre. Ce constat, il prend sa source dans la déception ressentie envers un artiste dont on  était fan depuis un bon moment, que l’on admirait réellement pour son travail fourni dans sa chambre, mais qui pense que, parce qu’il s’est fait tout seul, peut se permettre de mépriser ceux qui l’entourent dans le monde de la musique.

Pardon Seb la Frite, mais pour tout cela, Rilès n’est pas encore un artiste complet.

Par Mathieu Triquenot et photos de Clémentine Ounkowsky-Falkowski

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