Start It

a2738816144_10

Coup de Projo #9 Le spleen de Lonespi

Cris du cœur, cris de l’âme… Le spleen Baudelairien accompagne la voix de l’artiste parisien, Lonepsi.

Le Spleen, c’est cet état de mélancolie constant, c’est :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits “
(Les Fleurs du Mal, Baudelaire)

Le ciel de Lonepsi est, quant à lui, toujours prêt à se coucher, revêtant les couleurs flamboyantes du lourd crépuscule. À croire que le rappeur préfère se réfugier dans la nuit.

Image très romantique, me diriez-vous ? Eh bien oui.


La pochette de son EP- Sans Dire Adieu sorti le 19 Janvier dernier, nous met déjà sur la piste. Ce n’est qu’une réinterprétation du tableau du ” Voyageur contemplant une mer de nuages ” de Friedrich auquel on a ajouté la légèreté et l’onirisme des films de Miyazaki.
Lonepsi c’est ça, le morbide et le sublime, le désenchantement et l’épicurisme, la contradiction quoi.

C’est celui qui veut être rappeur sans l’être vraiment. Un produit issu du rap mais s’enfonçant dans la littérature. Qui fait de l’égotrip mais à sa sauce.
À la différence, lui ne déclare pas être le meilleur kicker, le plus fort etc. (Vous connaissez la chanson).
Mais lui, c’est la tête à claques, l’intello arrogant et moralisateur, qui va commencer son EP en disant à ses auditeurs d’ouvrir un livre et d’être un peu moins cons.
Et malheureusement pour nous, son culot fonctionne.

En effet, Sans dire Adieu s’ouvre sur une explication du poème ” Le Chien et le Flacon “ de Baudelaire. À travers celui-ci, l’artiste demande à son public de se confronter à la complexité de sa plume et de ses instrus, de faire l’effort de comprendre. On pourrait se sentir méprisé en entendant ça, mais Lonespsi est doué, et fait passer la pilule, il éveille suffisamment notre curiosité pour continuer d’écouter.

À partir de là, s’ouvre l’univers de ce rappeur pas vraiment rappeur. Des instrus à base de piano, de cordes, et d’échos se confrontent à un flow lent et articulé, presque planant. Lonespi prend son temps, il prend le temps d’expliquer.

Cet EP est une ballade, un voyage tout au long duquel on est tenu par la main par la verve de l’artiste. Chaque mot correspond à une étape, et aucun d’entre eux n’a été choisi par hasard. On est poussé à rentrer dans une contemplation auditive.

” Fuir le temps qui passe “, c’est un leitmotiv qui revient souvent chez cet artiste. Dans la maturité, il a trouvé son rythme de vie, un rythme en décalage avec celui effréné du parisien lambda, sans aucune accélération et loin du rythme de ses débuts. En effet, il y a quatre ans encore, la voix de Lonespi était posée sur des beats oldschool, bien plus rapides qui proposaient un flow plus commun au rap d’aujourd’hui.

Mais ça c’est de l’histoire ancienne, maintenant, on la retrouve sur des titres comme ” Le temps d’un instant “ ou ” Lettre à la nuit “.

Lonespsi fait tout pour s’extraire du temps, il devient le ” Loup des Steppes “ qui ne sort que lorsque tout est calme, lorsque tout le monde dort, à la tombée de la nuit.

” J’attends le soir pour atteindre les hauteurs. Et dévoiler le contenu de mon coffre
Ça va, seulement, je vous oublie si facilement, Qu’il suffit que je ferme les yeux pour voir s’effacer le monde
Je vois le soleil dès l’aube heurter le peu de ma liberté
Et je me dis dans mon lit : “Barre-toi, ne crois pas que le labeur tue”
Hé, sans rigoler, le temps m’isole. Je vis dans l’éloignement du monde qui m’environne”

Ces nuits sont dédiées à la lumière et à la tendresse, au voyage et à l’exploration. Dans ” La collision de nos peaux “, les nuits sont salvatrices et charnelles et dans ” Hymne à l’ivresse “ celles-ci l’enivrent d’amour.

Alors, les seules étiquettes qu’on peut apposer à Lonespi sont celles d’un rappeur lettré évoquant le Grenouille de Süskind, les romans d’apprentissage de Stendhal et bien sûr Baudelaire, mais également celle de ces rappeurs livrant leurs introspections par le rap.

 

 

La dépression de Georgio était ” Bleue-Noire “, le spleen de Lonespi est désormais ” Rouge Pastel “.

 

Par Margaux Philippon.

partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Vous aimerez aussi
Top 5 des compilations de 2022
Jersey Drill : Le nouveau genre favori de l’underground
Le grand retour de Kendrick Lamar