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Coup de Projo #11 – Rejjie Snow, prince romantique d’un nouveau rap

Après deux EP, une mixtape, de nombreuses collaborations parmi lesquelles Future et Joey Bada$$, et quelques premières parties des concerts de Madonna, Action Bronson ou encore Kendrick Lamar, Alexander Anyaegbuam, plus connu sous le nom de Rejjie Snow, a déjà un CV musical très intimidant. Tu ne le connais pas ? Je t’emmène à la découverte de son univers et de son premier album, « Dear Annie ».

Rejjie Snow, 24 ans, vient de faire son entrée dans la cour des grands avec un album marqué par la douceur de la thématique amoureuse et des prods qui ne sont pas sans rappeler la légèreté de FKJ. Cela fait déjà plusieurs années que ses fans attendaient un projet d’une telle envergure, mais sa maison de disque, 300 Entertainment (celle de Young Thug) repoussait toujours plus l’échéance. L’irlandais avait donc dû faire patienter son audience avec quelques singles et une mixtape parue l’an dernier. Mais c’est la semaine de la Saint-Valentin que l’éclair jaillit et que les carottes furent enfin cuites : « Dear Annie », un album composé de 20 morceaux était lancé sur toutes les plateformes. Et il y a vraiment de quoi se réjouir et de la matière pour faire du bien aux oreilles. Et au cœur.

 

Dès l’intro gentiment appellée ”Hello”, on est très vite bercé par un doux parfum jazzy, en ayant comme l’impression que le soleil et l’été toquent à notre porte. Petit saxo chill, petite voix féminine qui scande « Dear Annie », on est immédiatement envouté par cet univers où tout est terriblement subtil et léger. La suite, c’est ”Rainbows”, un morceau qui donne envie de courir dans la savane au côté de dizaines de girafons tant il dégage des bonnes ondes. On y découvre la voix de Rejjie Snow, grave, granuleuse, profonde ; on croirait parfois entendre Kendrick. Le refrain est entonné par Milena LeBlanc, une jeune artiste française annoncée pour les premières parties de la tournée du rappeur en France !

La troisième piste qui suit est une interlude, à la manière des grands du rap. D’une durée d’une minute et huit secondes, ce son intitulé ”The Wonderful World of Annie” raconte comment Rejjie Snow est tombé amoureux d’une femme aux cheveux longs en Subaru à Los Angeles. Annie, c’est elle, que l’on retrouve tout au long de l’album. Quel charmeur, celui-là.  Vient le tour de ”23”, ode aux vacances, au chill à deux et à de nombreux wake and bake à venir. Parmi les premières chansons, celle-ci sera sans doute ta préférée, non seulement pour le mood dans lequel elle te mettra, mais aussi pour l’association parfaite de la voix du rappeur à celle d’une autre femme, Caroline Smith.

La rengaine de ”Pink Lemonade”, « It’s your birthday and I’m thirsty » et le refrain « Girl, it’s your world/ The planets ring about you / Must be your birthday / The Earth keeps spinnin your tune / Girl, it’s your world / The evening stars fall for you / Bet it’s your birthplace / The sun reminds me of you » nous confirment que le romantisme et l’érotisme sont au cœur de ce projet.

Dans ”Skinny Jasmine Intermission”, une autre interlude, Rejjie Snow déclare sa flamme aux français et à Paris, la ville de l’amour. « She told me « mon amour » / I think that means my love / So yeah, this next song is called Mon Amour ». Et en effet, this next song is called ”Mon Amour”. A la manière d’un livre, chaque chanson est un chapitre qui raconte une histoire, qui nous aide à comprendre la vision que l’artiste a de l’amour. Cette septième chanson est originale parce qu’elle lie encore une fois la voix du rappeur à celle de Milena LeBlanc, mais aussi parce que le parti pris d’inclure de nombreux passages en français donne de la linéarité au projet, et le rend cohérent par son honnêteté.

Spaceships” est en featuring avec Ebenezer, lui aussi rappeur irlandais, et c’est clairement réussi : saxophone et percussions nous font voyager en bord de Seine pour un diner aux chandelles, sous des températures très chaudes. Les degrés ne descendent pas dans ”Egyptian Luvr”, dont la prod est signée Kaytranada, en featuring avec Aminé. Là, on commence sérieusement à désespérer de voir l’été un jour arriver. Ce son sera sans aucun doute présent dans ta playlist piscine-barbecue cet été. S’enchaîne ensuite ”The Ends” dans la même lignée, mais ”Room 27”, avec son soupçon de sarcasme, te fait redescendre de ton nuage immédiatement : la mélodie est toujours très douce, mais les paroles révèlent une peur de la solitude et de l’échec, sur les thématiques du suicide et du fameux « Club des 27 » ainsi nommé parce que ses illustres membres (Kurt Cobain, Amy Winehouse, Jimmy Hendrix, et bien d’autres encore) perdirent la vie à 27 ans. Les références au Forever 27 sont nombreuses, mais les deux dernières phrases illustrent mieux que d’autres cette inspiration morose : « Twenty-seven like the clubs twenty-seven differents drugs / I be going back to black stairway up to heaven bruh ». Salut Jim Morrison

https://www.youtube.com/watch?v=DU9-euDmtdU

Désolé” vient juste après, comme une excuse du rappeur pour avoir mis son audience dans un mood si lugubre. Rejjie Snow y déclare « Tell me that I make you proud / Tell me that you want my kids / Tell me, tell me, tell me / Love is just a fucking sin / Désolé, désolé ». Le rappeur est en fait un personnage aux multiples facettes (salut Kendrick), qui a besoin de l’amour autant qu’il le rejette.

Comme par hasard, après cette découverte, vient ”The Rain” : plus érotique tu meurs. La mélodie teintée de notes de piano est sans doute une des plus belles et des plus apaisantes de cet opus. On se croirait vraiment à Paris. Mais en fait, on est plus au sommet de la tour Eiffel dans l’imaginaire masculin quand vient ”LMFAO”. Ce qu’il faut retenir, c’est « I like Fifa and I like sex » sur une mélodie très groovy des 90’s. ”Bye Polar” prolonge ce voyage dans le temps avec une prod qui rappelle le rap old school. L’album se clôture avec ”Charlie Brown”, ”Annie” et  ”Greatness”, que l’on peut jouer en boucle sans jamais se lasser.

https://www.youtube.com/watch?v=F4Ap5D-2ogM

En réalité, tout l’album est très finement pensé, construit comme un livre dont on lirait les chapitres au gré de nos envies. Si « Dear Annie » est un projet qualitatif, c’est notamment grâce aux nombreuses collaborations du côté de la prod mais aussi grâce aux featurings principalement féminins, qui ajoutent une touche de sensibilité à cet univers de base très masculin. Mais ce qui fait que cet album est original, c’est la sincérité de l’artiste qui n’a pas hésité à dévoiler entièrement sa perception de l’amour – contrairement aux rappeurs de nos jours qui sont sentimentalement impénétrables – mais aussi parce qu’il a su sortir des sentiers battus en proposant des instrus et des moments totalement à côté de ce qu’offre le rap en 2018. Chapeau bas à Rejjie Snow, un artiste à suivre de très très près.

 

Par Mélina Diago.

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