Mais Cadillac, qui sont-ce ? Le hurleur fou s’est échappé de son crew d’origine Stupeflip pour nous faire un show hors du commun, intemporel, singulier, qui nous prend aux tripes de la première à la dernière chanson de son premier album en solo Originul, sorti le 16 novembre 2018. Il faut savoir qu’il a concocté seul cet album, des textes jusqu’à la musique. C’est son oeuvre hors du temps. Entre pop expérimentale, new wave mais aussi rap français bien gras, Cadillac arrive à se créer un style bien à lui, une musique dansante et agressive avec un chanteur dégageant une présence hors du commun. Son univers musical se compose premièrement par ses costumes démoniaques et sombres, mais aussi par ses 3 compères, dont le mythique Kingju (Stupeflip) mi-humain mi-monstre, qui, avec son incroyable énergie sur scène et ses paroles aussi absurdes les unes que les autres, ses interludes aussi surprenantes qu’essentielles, appuient l’univers et le personnage qu’il a voulu construire.

Cadillac est un artiste proche de son public. Il lui parle, le regarde, le captive, le motive, le transcende et peut même parfois l’insulter! Un public qui d’ailleurs lui rend bien. Âgé de 20 à 40 ans, les spectateurs sont en délire face à sa prestation : ça danse, ça chante, ça bouge, ça vie, ce qui crée une atmosphère hors du temps.

 

Le lieu du concert se prêtait bien à la prestation de Cadillac. En première partie, Angle mort et clignotant ont mit le feu en guise d’hostilité, avec des sons de vitesse, un style rap new wave cohérent avec le style de Cadillac. Avec l’un en tenue de rappeur/skateur et l’autre en ciré jaune, bob et lunettes de soleil à la Lorenzo, l’absurde a déjà investi la scène. Ces deux personnages hauts en couleurs ont su chauffer le public avec leur fameux titre “le permis”.

Astaffort Mods débarque ensuite sur scène. C’est un duo d’un tout autre style : 2 gars qui parlent de leur vie. L’un bedonnant dans un t-shirt moulant, l’autre grand et fin aux allures de savant fou… mais dans un débardeur de rappeur. En résumé, des gars avec un bon accent du Sud Ouest qui râlent en décrivant leurs journées. Le public regarde mais ne semble pas convaincu mais bien heureusement, ils cautionnent la deuxième première partie de l’alchimiste Cadillac. Leurs inspirations sont particulièrement singulières, un peu slam, un peu rap et cherchant à imiter dans quelques élans de folie noire le Stupeflip C.R.O.U.. Alors que leur style est bien trop lourd pour nous, nous sortons reprendre un verre.

 

À notre retour, c’est le maître incontesté du stup style qui débarque : Cadillac, accompagné à notre grande surprise de Kingju, l’autre sorcier du C.R.O.U..

Le public semble renaître, l’univers de Cadillac est là : l’ambiance est glauque mais festive. La salle est sombre et l’auditoire n’est pas dans son état normal. C’est à se demander si le fou présent sur la scène ne nous aurait pas emmené au bout du tunnel avec l’aide de la brume magique émanant des cigarettes de nos voisin(e)s. Le grand prêtre revêt un grand manteau gris (celui qu’on voit sur la pochette de l’album), des yeux exorbités, des cheveux gras et longs laissant apparaître un crâne dégarnit et suant au centre et une bonne grosse barbe négligée à souhait pour cacher un visage usé. À sa droite, le cavalier de l’apocalypse Kingju est là, nous fixant avec les mêmes faux yeux rouges et globuleux. Il accompagne son acolyte vêtu d’un pantalon noir et d’un pull à col roulé tout aussi sombre ; l’ensemble étant surplombé par le chapeau flottant au dessus du manteau gris de la pochette de l’Originul. Et pour entourer nos deux anges noirs, un bassiste à gauche, un guitariste à droite, habillés tous deux de noir et les yeux sortant.

 

Dans ce show parfaitement maîtrisé par Cadillac, les jeux de lumières sont proéminents. Ils l’accompagnent tout au long de sa prestation pour nous emmener dans son univers. Du vert cadavre au bleu fantomatique, en passant par le rouge des flammes, le spectateur est plongé dans un mood “cimetière” qui n’est pas sans rappeler le monde de StupeflipMais à la différence du dernier album du C.R.O.U. (Stup virus), dans Originul on voit clairement ses inspirations rocks réapparaîtrent. Voilà d’ores et déjà de quoi mettre une certaine distance vis-à-vis du groupe mythique.

La salle est sombre et la messe est morbide. On se retrouve face à 4 mecs aux allures de zombie, avec Cadillac semblant revenir d’outre-tombe et ressemblant à un clochard vivant – t’as capté la réf’ à South Park ?! .

Les bases sont posées avec le titre Game Over dont les paroles nous sont dégueulées à la face par ce marginal brutal au rythme des kicks : “je danse dans le corbillard” crie-t-il à l’heure du refrain. À la fin de ce morceau bien gras, Cadillac brandit une petite bouteille d’eau remplie d’un mélange orangé qui s’apparente plus à un breuvage à base de vodka que de Cristaline. La conclusion est simple : notre grand prêtre est transcendé.

Le concert se poursuit, le public est de plus en plus fou. Arrive le titre Je suis débile, où notre Kingju impose son flow à l’ancienne. Un doux parfum s’empare alors de la scène – celui de l’ère du Stup  : ça fait du bien.

C’est ensuite le morceau Zoo qui débute, le public chante en coeur un des seuls refrains mélodieux de l’album :

Dans le zoo j’ai le sentiment

d’être perdu, de chercher mes parents

Je dévisage de drôles de spécimens

Rien à voir avec l’espèce humaine”

C’est exactement le sentiment qu’on a quand on regarde vers la scène : les gars qu’on a en face de nous n’ont effectivement rien à voir avec l’espèce humaine. C’est là tout le génie de cet artiste fou.

 

D’un coup, comme surgissant de nul part, Kingju et Cadillac nous offrent les deux premiers couplets mythiques de Stupeflip vite. La foule gueule avec eux “écoute le bruit des animaux quand on les enfouit dans un sac”, un titre du C.R.O.U. sorti il y a 7 ans de cela, que tous les adeptes du groupe connaissent encore par coeur. La stup zone est là et ça fait plaisir.

Le show continue. Parfois, entre deux morceaux, notre leader anarchique prend la parole, raconte une ou deux conneries un peu sombres et fait marrer la foule. À certains moments, l’ambiance redescend quelque peu mais l’artiste a plus d’un tour dans son sac pour nous garder dans son monde. À plusieurs reprises, il s’équipe de sa guitare électrique et nous sort des solos bien gras et coulants. Dès le morceau suivant, le public est de nouveau complètement à fond. On sent que le prestidigitateur est toujours là, avec plusieurs titres particulièrement notables de l’album tels que L’humour fou et Fer.

Evidemment, le meilleur est pour la fin. Voila que s’enchaînent à la suite les titres Arkboot, Mécanique, Rétroviseur… et puis d’un coup, la guitare en bandoulière et à l’envers, Cadillac nous explique en montrant sa gratte retournée qu’il doit arrêter le concert parce qu’il ne peut plus jouer et puis que “de toute façon il n’y a qu’un seul album” ! La déception se fait sentir dans la salle, un gars demande à nos stup man d’interpréter “Apocalypse” mais l’artiste ne semble pas réceptif…. Mais ce moment est juste une bonne blague de notre cher Cadillac. Très vite, le spectacle reprend de plus bel avec le titre SPDC et la ferveur revient en force. Cadillac est possédé. Il finit le morceau le micro dans la bouche à faire des bruits étranges en marchant sur la scène le dos courbé sur fond de guitare électrique.

Sans même que l’on s’en rende compte, c’est maintenant le morceau X revisité pour l’occasion – oui parce qu’il dure près de 25 min sur l’album – qui s’immisce dans nos oreilles. Tout le monde est au max et l’artiste nous fait répéter en boucle “interminable” pendant bien 3 ou 4 minutes. Soudain, l’obscurité de la scène est prise par un nuage de fumée telle la brume au milieu d’un cimetière. Les fous sur les planches disparaissent. On entend, mais on ne voit plus l’artiste… puis c’est la voix du public qui semble raisonner de plus en plus seule. Pafff ! la lumière se rallume dans la salle, les artistes se sont fait la malle.

 

Le mot de la fin ? Une prestation plus que réussie pour un album dont on sent les influences de Stupeflipmais qui a franchement su se démarquer malgré tout du style si singulier du C.R.O.U..

 

Ju Pi & Amélie Da Silva