À l’occasion de leur passage à Bordeaux Salle du Grand Parc, nous avons interviewé Guido Minisky du groupe Acid Arab.

 

Aujourd’hui on te rencontre seul, alors première question: comment vous êtes-vous rencontrés avec Hervé, l’autre moitié d’Acid Arab?

Après plusieurs années à organiser des soirées et faire la DA de petits lieux, je me suis retrouvé dans la programmation de la Flèche d’Or, une grosse salle de concerts et de club à Paris, où je suis devenu assistant DA. Là, il y avait un barman très sympa qui habitait à côté, chez qui les afters avaient souvent lieu, c’était Hervé. On s’est rencontrés comme ça.

 

Ensemble vous organisez vos propres soirées Chez Moune. Elles s’appelaient déjà Acid Arab?

D’abord, elles s’appelaient Mounepower. On les organisait avec deux autres acolytes, c’était vraiment un carton et on s’est dit ce serait cool d’arrêter avant que ça lasse. Donc on a arrêté Mounepower en pleine gloire. Mais je me disais ce serait cool de trouver une idée un peu forte pour reprendre ce créneau du premier samedi du mois Chez Moune. Ça correspondait juste à un moment où Hervé et moi on était invité à participer à un festival en Tunisie à Djerba, c’est là que toute l’histoire Acid Arab est née. En rentrant à Paris j’étais obsédé par cette idée de faire cette soirée où l’on mélange de l’acid house et de la musique orientale. C’était très précis, d’où le nom Acid Arab qui n’était pas encore notre nom mais celui de cette soirée et d’un style de musique qu’on prétendait inventer.

 

Avec le recul, vous vous rendez compte que vous avez été les précurseurs du style de musique Acid Arab ?

 

C’était déjà là, il y avait déjà un truc dans l’air, ça avait commencé. Baris K sortait ses édits turcs, Victor Kiswell vendait énormément de disques arabes à plein de gens, tous les collectionneurs étaient sur les trucs orientaux et c’était en train d’atteindre les mélomanes.J’avais noté que plein d’artistes avaient déjà utilisé des samples arabes. Pour ce set en Tunisie, je me suis demandé : Si on prend tous ces morceaux de house techno avec un sample arabe et qu’on les joue tous à la suite qu’est-ce que ca donne? J’ai passé des semaines à compiler des morceaux. Et une fois aux platines, en b2b, le mélange de ça et des disques d’Hervé a donné naissance à cette idée.

 

Nous ne sommes pas vraiment précurseurs, mais on est arrivé au bon moment. Précurseur le mot est trop fort, mais en tout cas nous avons été les premiers à en faire vraiment quelque chose, en faire un focus et mettre un nom dessus, un nom hyper fort, Acid Arab, tout le monde s’arrête sur le nom. Je pense que c’est pour ça que la soirée a cartonné directe et que ça a très vite bien marché, parce que le nom a donné envie d’écouter. Ça a fait 50% de notre succès. Cette position de premier (chronologiquement) fait qu’aujourd’hui, 6 ans après nous sommes encore là.

 

 

Vous sortez l’album au titre : “Musique de France”. Ce n’est donc pas un voyage exotique mais ce titre interpelle, comme votre nom.

La musique arabe a toujours été là, en France, depuis les années 50-60. C’est marrant parce qu’on trouvait que c’était un titre tout doux, un nom positif et souvent on nous a dit “alors vous avez choisi ce titre en provocation ?”. Ce n’est pas de la provocation, c’est une provocation si tu es un facho, mais sinon ce n’est pas une provocation du tout, au contraire.

 

A quel moment tu as connu cette musique, y a-t-il eu un déclic sur une chanson ?

Il y a eu plusieurs petites choses, déjà ça a toujours existé, on en entend dans la variété, il y a plein d’artistes français qui ont fait un morceau arabisant mais c’était de la citation, de la violonade, c’était toujours “on va l’incorporer dans quelque chose”. Et puis c’est avec Radio Nova que j’entends des trucs arabes, bon j’en avais déjà entendu, quand tu prends un taxi et qu’il écoute radio Beur tu entends de la musique arabe mais tu ne fais pas vraiment attention.  Et donc c’est Radio Nova en premier qui m’a ouvert les oreilles sur ça. Et ensuite il y a eu le film “Le Mari de la Coiffeuse” et ces séquences incroyables lorsque Jean Rochefort danse. Le fait qu’il danse de façon fascinante et qu’il n’y ait pas de dialogue, qu’il n’y ait que cette musique qui passe, pour nous spectateur français ça la mettait vachement en valeur. C’était il y a vraiment très très longtemps. C’était les premiers morceaux arabes que j’ai vraiment kiffés, j’ai acheté la BO il y en avait seulement six sur le CD. Mais j’étais ready, j’étais prêt à écouter ça, j’ai adoré le Raï quand c’est arrivé, j’ai adoré Sidi’h’Bibi de Mano Negra. Je trouvais que c’était une belle ouverture d’esprit de s’intéresser à cette musique.

Adolescent je ressentais que cette musique n’était pas prise au sérieux. Après je me trompe un peu, il y a plein de gens qui la prenaient au sérieux, mais concernant la majorité ce n’était pas le cas.

 

Ce n’était pas une musique tellement connue finalement ?
Oui, c’était limite condescendant voire un peu raciste, enfin comme est la France, “la musique des arabes”, c’est aussi ça la culture de la musique arabe en France. En tout cas elle a toujours été là et nous n’avons pas eu besoin de faire le tour du monde avec Hervé pour entendre de la musique arabe. Dès qu’on a voulu, dès le début du projet, mélanger des musiciens orientaux avec des mecs de la techno pour voir quelle musique allait en sortir on n’a pas eu besoin de chercher beaucoup. On a trouvé tout de suite des musiciens arabes à Paris. C’est normal, Dieu merci, la culture arabe est implantée dans cette ville depuis très longtemps. C’est une de ses forces.

 

 

Vous avez enchaîné les collaborations que ce soit pour la musique mais également pour vos clips, comme par exemple avec Ahmed Zir pour Sayarat 303. Comment choisissez vous les artistes avec lesquels vous travaillez, ce sont des rencontres par hasard?

Parfois ce sont des rencontres comme ça, par exemple pour Sofian Saidi qui chante LA HALFA ça a été un peu une rencontre par hasard, on s’est croisé sur une date à la Réunion. Pour les autres, c’était des gens dont on était fans et on leur a poliment demandé, ils ont tous accepté, on n’a pas essuyé de refus. Après, nous n’avions pas demandé à beaucoup de gens, nous avons 4 ou 5 guests sur l’album.

 

En dehors d’Acid Arab tu fais des trucs solos, notamment lorsque tu étais venu à Darwin pour mixer en septembre dernier.

J’ai toujours été dj, ce n’est pas surprenant, parfois lorsqu’il y a un trou dans le planning d’Acid Arab je me retrouve à faire des trucs tout seul et c’est assez rigolo. Je fais d’autres choses, notamment des compils. C’est l’autre grand truc qui me tient à cœur, j’aimerais bien poursuivre ce travail de compilation autour d’un artiste. Essayer de le présenter ou de le représenter avec nouveau regard. J’en ai fait une première il y a dix ans sur Kid Creole et puis une deuxième cette année sur Pierre Vassiliu et là il y en a deux autres qui arrivent sur le même label que Pierre Vassiliu, Born Bad Record. Ça n’a rien à voir avec la musique arabe, c’est autre chose mais c’est quand même une prolongation du truc de dj. Tu sélectionnes de la musique pour les gens.

 

Estimes-tu être plus proche du public lorsque tu es seul qu’avec Acid Arab?

C’est pareil, ce qui change c’est qu’avec Acid Arab on est un peu contraints de rester dans notre style, alors que seul je peux faire d’autres choses.

 

Remontons un peu dans le temps.Tu as grandi en banlieue parisienne, tu as un petit frère Mathieu artiste également, plus connu sous le nom de Judah Warsky. La musique a toujours été présente, tes parents en écoutaient tout le temps. Ils écoutaient quoi d’ailleurs ?

De la musique classique, uniquement. Mon père jouait aussi de la flûte traversière. Il avait une copine qui jouait du piano et quand il allait chez elle, ils jouaient toute la nuit et nous les enfants, on les entendait mais on était occupés à faire autre chose.

 

À ton adolescence, tu n’aimes pas du tout l’école. Tu n’arrêtes pas d’acheter des 45 tours et ensuite des CDs lorsque ça arrive sur le marché, tu fais des compils que tu passes parfois à ton petit frère.À partir de quel moment tu as su ce que tu voulais bosser dans la musique ?

A l’école, il y a eu une boom. Moi je collectionnais les 45 tours et j’en ramenais régulièrement à l’école pour les montrer mais tout le monde s’en foutait. Et là tout d’un coup, on me dit “Vous pouvez ramener des disques pour la fête”. Je suis rentré chez moi “Oh putain, enfin quoi!”. J’ai sélectionné des trucs, j’avais huit 45 tours, ce qui me paraissait énorme! Et voilà, je les ai passés, tout le monde dansait, c’était la teuf. C’était génial! Je me suis dit: “Je veux faire ça toute ma vie!”. C’était genre en CM2.

 

Plus tard tu deviens journaliste musical, c’est à ce moment-là que tu commences à être dj?

Non c’était avant, dès que possible. J’ai commencé à trouver des plans à droite à gauche dans les Yvelines, un plan en ramenait un autre et puis, je jouais souvent dans des rallyes, dans des maisons etc… C’était super, c’était complètement à l’arrache, j’avais une table de mixage complètement pourrie, une BST à quatre voies, sans gains, sans rien. Et un magnéto, une platine de salon, pas une Technics à moteur, un truc à courroie dégueu, un lecteur cd et je me démerdais avec ça. Et souvent, c’était vraiment la foire à la saucisse quoi, je partais avec mon voisin qui avait le permis et qui pouvait donc m’emmener partout. Mes parents étaient souvent absents, je devais donc garder mon petit frère et quand j’avais des plans je devais l’amener avec moi. C’était trop marrant j’arrivais avec un petit enfant et un mec chelou en disant “Oui ce sont mes assistants”.

 

Et ensuite, Paris ?

J’ai commencé à avoir des petits plans dj mais en quittant les Yvelines pour Paris, plus rien. En bossant pour le journal l’Equipe j’ai fait la connaissance de Fabrice Desprez qui bossait en face. Il commençait à faire des soirées au Pulp, à l’époque c’était le Pulp qui venait d’ouvrir et qui n’intéressait quasiment personne. Il m’a invité lors d’une soirée, c’était ma première date à Paris et ma première date dans un club. Ensuite, j’ai démarché un bar rue Oberkampf, le Cithéa, qui a été remplacé aujourd’hui par le (Pardon). J’y ai eu ma première résidence parisienne. C’était le dimanche, l’horreur, il n’y avait personne. Et finalement, peu après, Fabrice m’a proposé de le rejoindre et de faire les soirées au Pulp avec lui dès la saison suivante. Et voilà, ma vie a changé à ce moment-là. Les choses ont commencé à devenir très différentes. Et j’ai enchaîné avec les fêtes dans des bars et la grande aventure du 9Billards, cinq années de soirées mémorables dans ce gigantesque bar de Belleville aujourd’hui disparu, mais dont les patrons, une bande de Kabyles délurés, ont aussi à voir avec les racines de l’aventure Acid Arab.

 

Tu as monté la première édition de ton micro-festival “LE ROCK ARABE” à la rentrée. Ton ressenti ?

C’était un mini-truc dans un petit endroit, il n’y avait qu’un groupe et un dj invité chaque soir. On va essayer de le développer et d’en faire quelque chose de plus important mais je vais prendre mon temps, enfin on va prendre notre temps parce que maintenant il y a des gens qui m’ont rejoint sur cette aventure. Inchallah l’été prochain on fait un truc.
Tu as notamment invité Mauvais Oeil, jeune groupe en train de décoller lors d’une des soirées “LE ROCK ARABE”. Que penses-tu de cette nouvelle scène française aux sonorités orientales qui se développe à fond, on pourrait également citer Johan Papaconstantino ?

J’en pense le plus grand bien, que la musique commence à se métisser je trouve ça génial. Si le résultat me plaît bien sûr, il y a aussi des choses qui ne me plaisent pas dans ce style mais, les deux que tu as cités, je les adore vraiment. Mauvais Oeil, elle a un talent de ouf. Sarah, la chanteuse est vraiment merveilleuse et elle a un truc étonnant sur scène, sa voix est superbe, le projet mérite vraiment de cartonner et c’est ce qui est en train de se passer. Et Johan, même chose, lui il a choisi les musiques rebetiko en clin d’oeil aux racines de sa famille paternelle. Des musiques grecques qu’il mélange un peu avec des sons hip-hop mais, il ne fait pas que ça, il sait faire plein d’autres choses aussi. Il va étonner tout le monde lorsqu’il sortira plus de musique.

 

As-tu une musique ou un artiste à nous partager pour finir cette interview en musique ?

 

L’incroyable album de Moulay Ahmed El Hassani, une compilation de ses morceaux des années 2000. Mais cet artiste marocain sort de la musique depuis la fin des années 80, il était temps qu’on le découvre !