En marge de son concert au Krakatoa, nous avons eu l’opportunité d’effectuer une interview avec Kery James. Retour sur cet échange entre notre chère Lémah et le rappeur :

 

Comment avez-vous commencé la musique ? Et pourquoi le rap ?

J’ai commencé la musique assez tôt, vers 13-14 ans. J’habitais à côté de la MJC d’Orly, où j’y ai fait mes premiers concerts. C’était un quartier ghetto qui faisait beaucoup de rap ; c’est d’ailleurs comme ça que j’ai découvert le rap. C’était un moyen pour moi de m’inclure socialement. Mes deux parents sont haïtiens. Ma mère est arrivée en Guadeloupe quand elle était enceinte de moi, du coup je suis né en Guadeloupe. Quand je suis arrivé à Orly, j’avais 9 ans et en fait j’étais considéré un peu comme un petit du bled. Le rap a été un premier moyen d’intégration pour moi.

 

Entre « Mouhammad Alix » et  « J’rap encore » vous avez fait du théâtre et vous avez aussi tourné votre film. Comment se sont passés ces deux ans où vous n’étiez plus trop dans le rap, et qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre ?

Pour moi je ne considérais pas avoir arrêté le rap. Je me concentrais sur d’autres projets qui me permettaient de faire autre chose, parce que le rap j’en fais depuis plus de vingt ans. Je voulais continuer à avoir des sensations et pour ça il fallait que je m’inspire un peu ailleurs, puis que je revienne.

(Concernant son film) Il nous a fallu 3 ans à trouver les financements du film, ce qui est une durée à peu près normale, surtout qu’on a bien failli ne pas faire de film puisqu’aucune chaîne de télé ne voulait financer le film. Mais du coup, on a pu rencontrer le producteur de Netflix qui a accepté la diffusion de « Banlieusards ». Le film sera donc diffusé sur Netflix après l’été 2019. Et entre temps, le scénario de long métrage est tiré de la pièce de théâtre que j’ai créé et que je continue de jouer au théâtre.

 

Est-ce que le fait d’être engagé dans vos textes est un devoir puisque maintenant vous êtes identifié comme une figure du rap politique, ou c’est vraiment parce que vous ressentez le besoin d’être toujours engagé ?

Pour moi, c’est assez naturel car quand j’ai connu le rap, il était comme ça. C’est ça qui m’a plu dans le rap. Ce qui fait que quand j’ai écrit mon premier texte qui s’appelait « Halte au racisme » et le deuxième qui s’appelait « Ne pas aller au service militaire ». Je ne me posais pas la question, je ne me disais pas « je vais faire du rap engagé, je vais dire des choses ».

Pour moi, c’est comme ça qu’on faisait le rap quoi. Donc pour moi c’est assez naturel, et aujourd’hui encore plus, on a besoin de ça, car je suis un des seuls qui a encore un discours politisé et social, la plupart font du rap maintenant pour le divertissement.

 

Vous avez fait un feat avec Kalash Criminel qui est un jeune rappeur. Quel est votre rapport avec la jeune génération et est-ce que vous appréciez travailler avec elle ?

Moi, sincèrement j’écoute plus de rap depuis au moins les années 2000. La nouvelle génération cherche plus le divertissement pour la plupart et après je ne suis pas toujours en accord avec ce qu’ils peuvent défendre et les messages qu’ils peuvent véhiculer. Mais ensuite, il se trouve que j’ai eu l’opportunité de faire un feat avec Kalash Criminel, et même si certaines de ses paroles peuvent paraître un peu « gangsta » ou « caillera », c’est un des rappeurs les plus politisés de sa génération. Dans ses textes il y a toujours une phrase à image politique et même sociale.

 

Dans le morceau « Le jour où j’arrêterai le rap » de votre dernier album vous dites « il n’y a plus que des rappeurs, où sont passés les MC’s ? ». Vous pensez que le rap a changé et qu’il régresse ?

Oui, bien sûr que le rap a changé. Maintenant c’est devenu une variété, c’est devenu une musique de divertissement pour moi. Alors qu’à l’époque, j’écoutais IAM, NTM, etc. et ils faisaient vraiment des textes qui nous poussaient à la réflexion. Alors qu’aujourd’hui pour moi, c’est vraiment fait pour divertir le rap.

Il y a pas longtemps d’ailleurs je me suis dit qu’il y avait la RnB française qui avait complètement disparue, mais en fait ce n’est pas qu’elle a disparue, c’est que le rap l’a assimilé. Maintenant ce sont les rappeurs qui remplacent les chanteurs de RnB car le rap devient de plus en plus chantant. Sauf qu’ils le font avec des machines : maintenant tout est autotuné. Ce n’est vraiment plus comme le rap d’avant.

 

Quel recul avez-vous sur votre carrière étant donné que vous avez commencé à rapper très jeune ?

Déjà je pense que ma carrière n’est pas encore terminée, mais on peut dire que j’ai eu une carrière, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, j’ai voulu faire du théâtre : j’en ai fait ; j’ai voulu faire du cinéma : j’en ai fait aussi. Je suis resté libre de faire ce que je voulais et on n’a pas réussi à m’enfermer dans des cases et je crois qu’il y a une certaine cohérence tout au long de ma carrière.

Ça serait ça le bilan, et avec tout ce que j’ai pu accomplir, ma carrière pourrait s’arrêter aujourd’hui.

 

Qu’est-ce que vous nous réservez pour l’année à venir ?

Pour l’année à venir, du coup il y a mon film « Banlieusards » qui sortira après l’été sur Netflix. Ensuite je fais un concert à l’AccorHotels Arena de Bercy, à Paris le 2 décembre 2019.

Et je pense que pour cette année ça sera déjà bien. J’ai déjà écrit un autre scénario de long métrage, et je vais écrire une nouvelle pièce de théâtre mais ça sera pour l’année d’après, en 2020.

 

 

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et rendez-vous au Krakatoa !

 

Lémah.