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Coup de projo #17 : Laylow le rappeur du futur

Dans une galaxie lointaine, très lointaine la rébellion tente de résister au dictât de l’industrie. Elle s’organise indépendamment pour faire parvenir aux auditeurs le rap du futur. Son maître Jedi, c’est Laylow, jeune rappeur de 24 ans, qui a pris le pari de la liberté et de l’originalité. Je vous présenterai ce personnage en trois temps : d’abord sa vie, puis sa musique et enfin son goût pour l’image qu’il ne cesse de réaffirmer dans tous ses clips.

Comme Han Solo, Laylow est un grand voyageur. Il a vécu en France à Paris et à Toulouse où il a passé une partie de son adolescence mais aussi en Tunisie et en Côte d’Ivoire, pays dont il est originaire. Pour Laylow les voyages sont aussi un moyen d’exercer sa liberté et son indépendance, que l’on retrouve dans sa musique que ce soit dans sa forme ou dans sa structure de production.

Voyager c’est aussi l’occasion d’apprendre des nouveaux « process de création » pour capturer sa musique, pour ce rappeur qui insiste sur le one-shot et l’idée d’enregistrer un moment de grâce plutôt qu’une chanson.

Ce sens de la beauté, on le retrouve aussi dans ses goûts musicaux, sportifs et cinématographiques – nous reviendrons sur cette partie cinéma plus tard–.

En effet, il se dit volontiers grand amateur de football et par-dessus tout des numéros 10. Fan absolu de Zinédine Zidane, il explique dans le Rendez-vous d’Oklm tv, qu’il n’aime pas faire le travail de l’ombre du récupérateur, ce qui l’inspire lui c’est l’élégance de Pastore, ou de Modric.

Dans sa musique aussi, il s’astreint à rechercher le geste pur et le dosage parfait. En un mot comme en cent, on sent que Laylow est très sensible à la Beauté, il en a d’ailleurs fait l’un de ses meilleurs morceaux : 10′ où on retrouve le fameux chiffre et cette volonté de précision et d’élégance.

Dans la plupart de ses interviews Laylow répète le mot « briller » pour parler de ses idoles que ce soit dans le football ou dans la musique. Mais au lieu d’y voir une faim vénale de succès, il faut plutôt comprendre ce mot au sens d’être brillant. C’est d’ailleurs dans ces termes qu’il parle de ses influences musicales qui partent de 50 cents et de Lil Wayne jusqu’à Travis Scott et Young Thug en passant par Booba et Rohff. S’il admet volontiers que la musique de 50 et de Lil Wayne, a, à ses yeux mal vieilli, il leur reconnait cette force d’avoir été les premiers à arriver avec une image forte de superstar gangsta, à utiliser des samples simples ou encore d’avoir commencé à crier et utiliser l’autotune ( en particulier pour Lil Wayne).

En somme, Laylow semble avoir une passion pour les avant-gardistes, ce qui n’est pas sans rappeler sa situation personnelle aujourd’hui.

Malgré cette position d’originalité affirmée, Laylow ne se complaît dans cette posture, ne se considérant pas lui-même comme particulièrement en avance sur ces contemporains. Pour lui, l’objectif est plutôt d’arriver avec une identité forte et une musique personnelle qui lui ressemble, cela passe aussi par la création d’une structure indépendante pour avoir la mainmise sur tous les aspects de sa création musicale.

Toutes ces influences se ressentent dans sa musique, notamment dans ses deux derniers projets sortis en 2018 : .RAW et .RAW-Z.

Laylow aime alterner les ambiances. Sur ses deux projets on a le droit à des sons d’influence Trap mais aussi des titres plus Clouds et chantant.

Ce qui fait sa force, c’est que ces différents styles se mélangent pour créer des variations au sein d’un même titre. C’est tout à fait criant dans le titre I Don’t : Need U/Know où la prod évolue en même temps que les flows de Laylow : d’abord posés puis plus engagés, puis trap dans la suite du morceau.

Ce genre d’expérimentation est typique de son rap, qui cherche à travailler sa voix grâce à l’autotune pour nous faire découvrir des mélodies inédites, à la manière d’un Ateyaba.

En parlant de mélodies, c’est aussi une marque de fabrique de la musique de Laylow avec notamment le titre Maladresse, qui, entre la voix de l’artiste et le synthé de la prod propose une mélodie très envoûtante. On peut également penser au son GOGO sur projet précédent Digitalova qui propose également de très bonne vibes à l’autotune, tout en finesse.

On sent que derrière ce rendu, il y a un réel travail pour faire de ce correcteur un instrument à part entière, en se mêlant aux productions des beatmakers pour que le morceau devienne un tout.

À cela, il faut ajouter les lyrics de Laylow qui sont volontairement mélancoliques et souvent pleines de lucidité. S’il n’hésite pas à reprendre les poncifs du rap – ego trip, la rue, la drogue, les discriminations et l’amour – il en profite pour les tourner à sa sauce. Laylow semble souvent très lucide sur sa vie et sur ce qu’il l’entoure, donnant souvent l’impression d’un fatalisme et d’une forme de résignation.

Tout cela, Laylow le retranscrit dans ce qu’il fait de mieux : la direction artistique de ses clips. Très bien entouré par le collectif TBMA, ces derniers sont tous magnifiques alors qu’ils sont réalisés en indé ! L’image, à laquelle Laylow accorde beaucoup d’importance, est vraiment son gros plus et ce qui peut l’aider à percer davantage.

Des plans, à la lumière, en passant par les couleurs : ses clips sont de véritables bijoux. Grand amateur de cinéma, Laylow dit préférer les films de gangsters pour leur scénario ( Les Affranchis, Casino) et les films de SF pour leur couleur et leur beauté visuelle (Blade runner, Madmax). Dans ses clips, il mêle les deux, on a parfois l’impression de voir une petite histoire tout en ramenant aussi des effets spéciaux (Visa) du meilleur effet et d’un niveau de crédibilité étonnant pour un collectif indépendant, qui n’a pas les moyens d’une production américaine.

Les présentations sont faites, à vos écouteurs !

Simon

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