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[LIVE REPORT] She Past Away à l’Iboat : la revanche des corbeaux

Notre dernière expérience dans la cale de l’Iboat rimait avec EBM, nous renouons ce soir avec une expérience plus instrumentale du post-punk.

Zero Branco : groupe punk cosmopolite

Dès 20h30, la première partie, Zero Branco monte sur scène. Trio constitué d’un batteur, d’une chanteuse à la voix éraillée et d’un guitariste en bretelles, aux bras entièrement recouverts de petits tatouages noirs. Le groupe vient de sortir DIVINO leur nouvel album, sans nous avoir totalement convaincues, leurs chansons entre punk et rock psyché au rythme lancinant nous interpellent. Tandis que No Hay de Pelada fait danser les plus âgés sur le pont, le groupe termine sur cette première partie bilingue mi espagnol/mi italien.

Nous sommes le 8 mars, journée sous le signe des droits de la femme, et la chanteuse Mari Lanera nous le rappelle et souhaite donc une bonne journée à “toutes les femmes, et à tous ceux qui se sentent femme et qui aimeraient en être une”. On lève alors notre verre à cette figure féminine qui nous évoque forcément Siouxie du célèbre groupe Siouxie and the Banshees. Sur un “Buona notte”, il est temps de passer aux choses sérieuses et de baisser les projecteurs.

She Past Away, c’est un peu la rencontre entre Robert Smith de The Cure et Pierrot, le clown triste de la Commedia dell’Arte fardé de désillusion. En une seule photo, vous devinerez facilement de qui je parle, tant le duo turque constitué de Volkan et Doruk est reconnaissable esthétiquement. Signés sur le label Fabrika Records (Selofan, Lebanon Hanover) basé à Athènes, She Past Away a débuté son épopée dark-wave en 2006, et a sorti un premier EP en 2010 intitulé Kasvetli Kutlama ou “Sombre célébration”. Leur dernier EP date de 2015, ce qui n’a pas empêché les Bordelais de venir en nombre pour apprécier leur identité musicale unique ce vendredi.

Tandis que sur le pont résonne Just Because du groupe 80’s français Martin Dupont, l’atmosphère semble bien différente de nos différentes soirées passées à l’IBOAT. L’on croise des filles au cou noué de cuir et de pics, un blouson estampillé “Boyz Suck”, des vieux anglais aux longs manteaux noirs. Dans les escaliers, résonne la poésie minimaliste de She Past Away récitée comme une incantation.

Le duo s’exprime dans un langage qui nous est tout à la fois inconnu et évident tant il s’y mêle rage et mélancolie. Les mots en turc évoquent la religion, la solitude, la politique, comme si le groupe savait qu’il est à ce jour le seul groupe de post-punk du pays, et que cette litanie ne devait jamais cesser, au risque de disparaître.

Le duo n’aura joué quasiment que des chansons de leur EP de 2012, Belirdi Gece signifiant “Apparition nocturne”, le public se laisse porter de droite à gauche aux rythmes de Rituel, Sanri ou Ruh sans jamais oser danser vraiment, face à un clown triste sans esquisse de sourire, qui tape en cadence, comme une marche militaire sur son pad. La voix tout droit venue des ténèbres du guitariste renforce le mystère qui se dégage de ce concert, la communication entre artistes et public n’est désormais plus verbale, mais de l’ordre de la sensation.

Lily & Alexandra

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