Pour nous deux, Hippocampe Fou a marqué une certaine époque de nos vies. Alors quand nous avons vu qu’il passait au Krakatoa nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas laisser passer cet événement. Nous devons l’avouer, nous n’avions pas vraiment suivi ses derniers projets mais nous y replonger le temps de deux ou trois morceaux avant le concert a suffi, et nous n’avons pas été déçus ! Son dernier album Terminus illustre parfaitement sa technique et sa maîtrise des mots en abordant des étapes importantes de sa vie comme ses enfants ou sa carrière et ce, toujours en donnant le sourire. Mais alors : à quoi ressemble une performance de l’Hippocampe en live ?

Nous assistons d’abord à la première partie de Menni Jab, un barbu aux apparences des plus naturelles accompagné de son pote pour cette scène. Manni Jab débarque avec un flow et des textes clairement à la hauteur pour chauffer la salle. Seul problème : la qualité est là mais ses morceaux sont un peu trop mélancoliques à nos yeux et son acolyte a une attitude déconcertante, peut-être un peu trop sûr de lui pour son niveau. La performance avait tout de même du mérite et nous sommes déjà enjoués à l’idée de découvrir notre poney marin sur les planches.

21h30 : Place à l’Hippocampe ! Il commence son concert avec le premier morceau de son dernier album Trou qui révèle son flow unique à un public déjà conquis. S’il ne remplit pas d’énormes salles, il a l’avantage d’avoir un public attaché à lui, tous ceux qui sont ici sont de vrais fans et ça s’entend !

Sur scène, il est accompagné de Céo, un de ses vieux ami, qui manie les rimes et le flow avec beaucoup d’aisance lui aussi. A leurs côtés, nous découvrons Balthazar à la contrebasse, la flute traversière et au saxophone. Lucas est lui à la prod, en live, pendant la quasi-totalité du concert. Bref une équipe de vrais artistes et ça fait plaisir.

A la fin de son premier morceau, notre prestidigitateur demande à une personne du public ce qu’elle fait dans la vie et il en profite pour lancer son morceau “Dans le fond” lors duquel il s’amuse avec les différents métiers.

Le public est très chaud, et lui aussi. L’artiste vit littéralement chaque morceau, notamment “Dormez vous” qui nous fait mourir de rire.

Le fait d’être dans une petite salle crée déjà une certaine proximité avec l’artiste mais Hippocampe Fou (qui porte très bien son nom) crée de vraies interactions avec le public. Nous ne sommes pas simplement à un concert, nous y participons ! « Vous avez bien rigolé quand je dansais tout à l’heure alors maintenant c’est à votre tour », à la surprise de tous, il fait monter quatre personnes sur scène et kick un couplet de son morceau “Fallait pas rigoler” avec chacun d’eux. Vous avez dit proximité ? Quand les pogos commencent, il descend au milieu de la foule, chante et danse avec nous.

Son flow est vraiment impressionnant, il joue avec les mots dans chaque morceau. Sans même apprécier son œuvre, sa seule technique peut susciter l’animation de quiconque.

Il finit par son excellent morceau “Underground” accompagné d’un magnifique solo de saxophone.

Quand il n’y en a plus, il y en a encore : il revient ensuite pour interpréter “Le mal du pays” qui traite de son départ à New York avec beaucoup de tendresse et d’humour.

Le concert semble toucher à sa fin mais l’aiguille affiche 22h30, bizarre… les portes devaient normalement se refermer à 23h30. Que nenni ! Hippo et Céo nous parlent de leurs potes bordelais et nous disent que ça serait chouette de les voir. Bien évidemment, quoi de plus normal pour un rappeur aussi sincère que lui de faire venir ses meilleurs kickeurs d’enfance à ses côtés. Ils font alors venir sur scène trois rappeurs Chico, Maras et Nikoka et partent pour 30 minutes d’impro chacun leur tour et c’est juste incroyable ! Ils ont tous leur flow et sont très bons en impro, ils enchaînent les punchlines pendant que le public devient fou. Nous vivons un moment fort et unique.

Nous pouvons dire sans hésiter que nous avons passé un très bon moment au Krakatoa avec Hippocampe Fou, un artiste entier et humain qui mérite d’être beaucoup plus connu car nous pouvons affirmer avec certitude que le succès ne lui montera jamais à la tête.

 

Julian Couchourel & Julien Pignal