Altin Gün viennent tout juste de sortir leur premier album “Gece”, signifiant “nuit” en turc, et c’est une réussite. Leur rock psychédélique nous transporte dans un univers envoûtant où les voix des deux chanteurs, Merve Dasdemir et Erdinc Yildiz Ecevit s’entrechoquent pour une harmonie parfaite. Accompagnés de percussion ainsi que d’autres instruments traditionnels turcs, tel que le baglam, ils revisitent le rock anatolien le remettant au goût du jour. Altin Gün se sont produits vendredi 17 mai pour la deuxième fois à Bordeaux. Le Krakatoa recevait les six artistes dans une salle comble à l’atmosphère électrique.

La première partie assurée par Gön 2, groupe bordelais combinant la dubstep aux musiques orientales, chauffe en douceur la salle qui se remplit peu à peu. La chanteuse, accompagnée de deux musiciens, l’un à l’oud (instrument à corde arabe) et l’autre à la table de mixage, nous propose des chansons en français mais également en espagnol. Le tout pour un résultat assez entraînant, passant par du rock psyché à des titres parfois plus pop. Nous faisant drôlement penser à une des Brigittes, la chanteuse n’hésite pas à se mettre en scène lorsque viennent les musiques instrumentales. Elle s’assoit, lisant une revue datant sûrement de plusieurs années (sur la couverture y apparaît Jackie Kennedy) faisant esquisser un sourire et étonnant le public. Même si bien différentes d’Altin Gün, cette première partie reste une bonne entrée en matière de ce qu’il va suivre.

La salle est pleine et elle trépigne d’impatience. La moyenne d’âge est difficile à fixer, allant de 25 ans à 50 ans voir plus, Altin Gün rassemble un public très hétérogène. A la première chanson les différences d’âges retombent inévitablement. Nous sommes, sans détour, transportés dans l’univers fascinant et ensorcelant d’Altin Gün.

Les looks 70’ des six musiciens nous dressent un tableau vivant et une ambiance hippie. La chanteuse, Merve Dasdemir, pleine d’énergie fait monter la température d’un cran en nous faisant danser, nous demande de taper des mains et de chanter. La salle est en délire, tout le monde essaye de se frayer un espace pour pouvoir danser à son aise. Les corps se touchent et s’entrechoquent,  chacun est comme happé par la prestation. Les artistes savent comment communiquer avec leur public et ne font pas descendre la fièvre.

Altin Gün nous font découvrir leur nouvel album qui de musique en musique ne cesse de nous surprendre. Le rythme ne fléchit pas, nous nous demandons comment il est possible qu’un groupe soit aussi entraînant tout en restant aussi juste. Réarrangeant les vieux standards des années 60-70, ce groupe de psych-folk turc retravaille la partie instrumentale sans toucher aux paroles et le résultat est incroyable.

Le foule ne fatigue pas le pas et lorsque résonnent les premières notes de Goca Dünya, le public devient fou. A la fin de ce titre, une ovation leur est faite alors que le concert est encore loin d’être terminé. Les artistes, étonnés et touchés, comprennent que le public est en connexion parfaite avec leur prestation. Les seuls moments de “répit” sont sans doute lorsque le chanteur sur une mélodie plus calme presque acapella, fait résonner sa voix dans toute la salle. Aux premières secondes de Gesi Bağları l’auditoire est béat, brusquement saisi par le chant d’Erdinc Yildiz Ecevit.

Nous aurions pu danser jusqu’au bout de la nuit, cependant le dernier titre vient à se terminer. Partant sous les applaudissements et cris intenses de l’audience, ils viennent de nous livrer un concert exceptionnel, pour ma part, le meilleur de cette année.

 

 

Nina Kulundzic