« Ne crois-tu pas que je sais ce que je fais ? Tellement longtemps que je fais la guerre, le prochain c’est Damso me fait pas jurer la vie de ma mère ». Ce sont sur ces doux mots que Booba entame son dernier freestyle Glaive. Une attaque cette fois dirigée vers son ancien acolyte, Damso. Il vient s’ajouter à la très longue liste des rivaux de Booba dont font partis au hasard : Kaaris, Rohff, La Fouine, Kalash, Diams, Sinik …   Alors état d’esprit ou stratégie marketing ? Tentative de réponse. Pour traiter ce sujet, nous diviserons l’article en trois parties : nous commencerons par les « diss tracks » (clash en sons), puis nous regarderons du côté des ventes, ensuite nous nous pencherons sur les réseaux sociaux et puis ,pour le plaisir, nous conclurons cet article avec de la bagaaaarre.

Les Diss tracks :

Ce qui constitue la réputation de clasheur de Booba, c’est sans conteste le fait qu’il ait écrit des chansons dans le but de clasher ses adversaires. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces clashs ont bien fonctionné auprès du grand public, certains sont même devenus des classiques du rap français. Si l’on s’attarde sur les chiffres, sur les cinq sons de clashs que Booba a écrit, Wesh Morray, T.L.T, AC Milan, Daniel Sam et Carton Rose, quatre ont été écrits à l’air de YouTube et font plus de 10 millions de vues, avec une mention spéciale pour AC Milan qui totalise plus de 36 millions de vues. En tout, ces clips ont donc généré un peu plus de 70 millions de vues, ce qui est énorme. On peut alors déjà considérer que pour Booba, les clashs sont quoiqu’il arrive un business rentable ne serait ce parce qu’ils permettent de vendre de la musique. À cela, il faut ajouter le titre Carton Rose, écrit avant l’époque de YouTube et des streams. Il est alors difficile de quantifier son impact sur le public aujourd’hui même si le son avait généré un buzz pratiquement comparable à AC Milan à l’époque et avait enterré la carrière du pauvre Sinik. Sur le terrain des Dis song, Booba sort renforcé sur deux plans : le plan de l’état d’esprit, puisque ces morceaux ont marqué les fans de Rap comme étant drôles et entraînants, et sur le terrain du business, puisqu’ils ont généré une quantité importante d’argent, de buzz et de popularité. À la vue de ces premiers éléments, on peut s’empresser de faire une première remarque : Booba, qui se défend encore aujourd’hui (pour les curieux vous pouvez allez checker l’interview Brut) de n’avoir jamais voulu aucun clash, semble les aimer et les pratiquer avec aisance. On peut être tenté de penser que derrière cette façade, Booba prend un malin plaisir à punir ses adversaires tout en mettant du beurre dans ses épinards.

Booba vs Wild :

Dans cette partie, nous reviendrons sur les conséquences d’un clash avec Booba au niveau des ventes. Pour illustrer notre propos, votre humble serviteur a choisi trois rivaux de Kopp : Rohff, La Fouine et Kaaris. La théorie développée ici est la suivante : Booba, en bon commercial de la street, se sert-il des clashs pour éliminer la concurrence ?

Commençons par Rohff qui possède un des plus beaux palmarès du rap français. Au temps de sa splendeur, Rohff vend ses albums comme des petits pains. Ses premiers projets : le code de l’honneur et la vie avant la mort lui rapporte quatre disques de platine pendant que Temps Morts et Panthéon lui rapporte deux disques d’or. La suite est du même acabit. Rohff empoche encore cinq disques de platine, tandis que Booba, pour le même nombre de projets, glane un disque de platine et un disque d’or pour l’album 0.9. Un album controversé à l’époque mais aujourd’hui considéré comme précurseur pour tous les rappeurs de la nouvelle génération qui utilisent l’autotune. Avec le code de l’horreur et Lunatic, Booba et Rohff font jeu égal avec deux disques de platine chacun. A ce moment-là de leurs carrières respectives, les deux rappeurs sont au top et c’est justement à cette période-là que les clashs commencent. A partir de ce moment-là, les choses vont commencer à changer. En effet, Rohff sort la Cuenta, double disque d’or, et Booba sort le fameux album FUTUR futur qui contient Wesh Morray et AC Milan dans sa réédition. L’album est un carton et Booba glane trois disques de platine. Depuis cette période, Booba est plus productif que Rohff et enchaîne les disques de platine comme le montre son dernier projet Trône qui en a rapporté trois.

En ce qui concerne La Fouine, l’affaire est encore plus contrastée. Avant les clashs avec le Duc, La Fouine totalise trois disques de platine et cinq disques d’or en solo, sa carrière est brillante. Néanmoins, depuis les clashs c’est beaucoup plus difficile. SOMBRE et Nouveau Monde n’ont rapporté aucune certification (SOMBRE faisant figure d’échec total avec moins de 5000 ventes) et il semble s’éloigner de plus en plus du rap français. On peut le dire, Booba a grandement participé à l’arrêt de la carrière de La Fouine.

Concernant Kaaris, la donne est là aussi très intéressante étant donné que Booba a joué le rôle de directeur artistique secret. Pendant la période de paix, Kaaris vend beaucoup. Il récolte un disque de platine pour Or Noir et sa réédition et un disque d’or pour le Bruit de mon âme. Depuis, Kaaris a reçu quatre certifications, deux disques de platine en 2016 et deux disques d’or : un en 2017 et un en 2019. Là encore, à l’exception d’Okou Gnakouri qui a très bien marché, on voit se dessiner une courbe descendante depuis les clashs avec Booba qui sont de plus en plus intenses.

Pour la carrière des trois rappeurs mentionnés, il y a un avant et un après les clashs, et force est de constater que dans tous les cas cela joue en faveur de Booba. Si Rohff continue à bien vendre, il a craqué mentalement et doit composer avec une peine de prison de cinq ans, ce qui risque sérieusement de l’handicaper pour le reste de sa carrière. La Fouine, lui, apparaît comme vaincu par la notoriété de Booba. Tandis que Kaaris, comme il l’a admis lui-même, souffre du fait que de nombreuses portes se sont fermées dans l’industrie de la musique à cause de cette histoire.  On peut donc considérer que si Booba bénéficie directement des clashs grâce à la musique, il en profite également indirectement en faisant baisser les ventes et la notoriété de ces rivaux. Il faut donc regarder ce qui se passe du côté des réseaux sociaux pour mesurer et comprendre cette notoriété.

Les Cyber-clashs

 

Sur les réseaux sociaux la guerre continue à coup de montages et d’insultes. Dans ce domaine, Booba est incontestablement le leader. Il cumule sur Instagram 4,3 millions d’abonnés. À titre de comparaison, PNL est à 2 millions et Nekfeu à 1,5 millions, c’est donc un chiffre conséquent qui fait du compte Instagram de Booba un média rap à lui tout seul. Pour savoir si les clashs servent vraiment à développer sa notoriété sur les réseaux sociaux, on peut s’appuyer sur certains logiciels (disponible sur Internet) qui recensent le nombre de nouveaux abonnés que Booba gagne chaque jour. À partir de là, il suffit de regarder quel post a été publié ce jour-là pour établir une corrélation entre le sujet du poste et son attractivité. C’est ce que votre serviteur a fait et voilà les résultats : dans une journée où Booba publie uniquement du contenu promotionnel, que ce soit pour sa marque de vêtements ou bien pour sa musique, la moyenne de nouveaux abonnés qu’il gagne tourne autour de 1000. Lorsque celui-ci publie une attaque et un montage de l’un de ces rivaux et des vidéos de ses enfants la moyenne dépasse les 3000. Les clashs ont donc beaucoup plus d’impacts et d’attractivités que ces autres publications. Les médias rap sur Internet sont les premiers relais de ces posts Instagram, ce qui permet au rappeur des Hauts-de-Seine de toucher un maximum de monde. Alors est-ce que ces posts Instagram sont relayés parce que Booba est une figure emblématique du rap, ou, est-ce parce que les médias en parlent qu’il le devient ? Les deux se soutiennent et créent sans doute une émulation. Toutefois, ce qu’on peut avancer sans se tromper, c’est que tous ces clashs ont un point commun : Booba. C’est lui qui les cumule comme nul autre dans le rap français et c’est ce qui me fait dire que c’est sans doute aussi une stratégie marketing pour rester au top du rap français, puisque tous ces autres posts bénéficient de cette visibilité que lui apporte les clashs.

Voilà, cet article est à présent terminé. Pour le fun, et en attendant avec impatience l’octogone sans règle, voici quelques images des bagaaaaaarres. Alors, combo chassé + traînage, course à pied ou jet de parfum contre lynchage “hasoul à vous de juger”.

 

Enjoy & Stay Tuned.

 

Simon Godiveau