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[Interview] Rencontre avec Hubert Lenoir : le phénomène québécois à l’énergie débordante

Juste avant son dernier concert au Krakatoa, ce samedi 16 novembre dernier, Start It a eu l’occasion d’interviewer Hubert Lenoir, le phénomène québécois arrivé en France. Ce dernier est un jeune auteur, compositeur et interprète qui a grandi à Beauport dans la banlieue de la ville de Québec. C’est là-bas qu’en secondaire il a découvert des artistes comme Brian Eno, Elton John ou encore Donovan qui lui ont donné envie de faire de la musique. En 2014, avec son groupe The Seasons dans lequel joue son frère, ils réalisent un album intitulé « Pulp » qui leur permettra de faire une tournée mondiale et notamment en France en tant que première partie de Louise Attaque. Finalement en 2018 il sort “Darlène”, un album cette fois-ci solo qui mêle différents genres et s’offre au monde comme une œuvre éclectique et audacieuse. 

  • Merci Hubert Lenoir de me recevoir aujourd’hui. “Darlène” est un album éclectique où l’on retrouve des influences diverses comme le glam rock, le RnB, la pop, le rock psyché ou encore le jazz. Quand on écoute « Ton hôtel» on se rend compte que c’est extrêmement pop, alors que dans « Momo » par exemple c’est le côté jazz qui prend le dessus. Finalement, d’où vient tes influences ? Sont-elles toujours les mêmes qu’au secondaire ou ont-elles évoluées ?

 Hubert Lenoir : Pour répondre à la première question, je pense que j’écoute beaucoup de musique puis pour moi la synthèse des genres ce n’était pas nécessairement quelque chose qui était voulu mais c’était d’avantage ma façon de faire. C’est toujours quelque chose qui m’a intéressé d’avoir plusieurs avenues dans les sons, dans les styles. Je ne sais pas pourquoi nécessairement. Même dans mon groupe j’étais toujours celui avec l’idée qui voulait faire du « bridge jazz » par exemple, et tout le monde me disait « ta gueule, elles sont à chier tes idées »: mais là j’ai pu le faire sur mon album. C’est juste ma façon de faire, j’ai pas l’impression que c’est poussé. C’est peut-être là la question, c’est difficile de faire une fusion des genres mais peut-être que c’est naturel pour moi de le faire. Il y a des artistes qui préfèrent écrire des chansons assez similaires, ce n’est juste pas le cas pour moi. Et non ce ne sont pas les mêmes influences qu’au secondaire. J’ai grandi en écoutant exclusivement du hip-hop jusqu’à mes 13/15 ans. Vers 15 ans j’ai découvert le rock mais je n’aime pas parler de rock en tant que tel dans le sens où j’aime le rock et tout ce que ça amène, mais j’ai jamais nécessairement aimé des artistes comme Led Zeppelin ou bien des groupes purement rock et j’ai jamais fait le signe « rock » en l’air (rire). Mais c’est des artistes qui m’intéressaient quand même, comme David Bowie ou Elton John, c’est des artistes qui ont des influences rock et en même temps au final c’est des artistes qui faisaient de la musique pop mais à leur façon. Après ça, j’ai un peu plus découvert Prince qui est une grosse influence sur cette album-là et pour tous les autres. Mais pas nécessairement la musique du secondaire, je pense que c’est plus la représentation de la musique que j’écoutais à l’époque quand j’ai fait “Darlène”, j’écoutais beaucoup de musiques des années 70.

  • “Darlène” c’est un projet protéiforme et multidisciplinaire puisque c’est un album, mais également un roman de Noémie D. Leclerc, des photographies, des illustrations, et une scénographie complètement énergique sur scène. “Darlène” c’est un univers entier. Pourquoi avoir choisi un tel format ?

Hubert Lenoir : Encore une fois c’était pas tant une sélection dans l’idée de ce que l’on voulait faire. Je me souviens que quand j’ai commencé à faire cet album, je voulais faire quelque chose qui allait être plus conceptuel. Puis après ça, Noémie écrivait son roman au même moment puis on a comme juste combiné naturellement ce qu’on faisait. Je ne me suis jamais défini comme un artiste de musique et point final. Je ne me considère pas comme un musicien, pour pleins de raisons. J’ai toujours l’impression que je veux aller sur d’autres avenues. Pour moi, faire que de la musique j’ai l’impression que ça fait pas partie de ce qui m’intéresse de faire. Même si j’adore la musique je suis capable de faire d’autres trucs. Quelques fois je collabore avec d’autres artistes et là mon rôle va être purement musical, je n’ai pas nécessairement mon mot à dire sur son travail, sur comment devrait être sa pochette par exemple mais peut-être que je suis un collaborateur énervant parce que je veux toujours donner des idées. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir constamment des visions esthétiques. Mais je suis quand même mieux à travailler seul (rire).

  • Dans le refrain de “Fille de personne II” on peut noter les paroles « Je suis venu te dire que tu peux changer », est-ce que le but de l’album ne serait pas de prôner comme une ode à la liberté, en repoussant les limites, les genres et les normes ?

Hubert Lenoir : Pas tant que ça, je comprends que l’album et le roman parle de liberté. Mais une chanson comme “Fille de personne”, je l’ai vraiment écrite en pensant à quelqu’un en particulier. Moi je m’adressais à une personne en tant que telle, et ce n’était pas nécessairement une hymne à quelque chose. Et en même temps peut-être un peu aussi, mais ce n’était pas nécessairement conscient. Après les autres personnes peuvent interpréter ainsi et se l’approprier. Quelques fois, j’entends des discours féministes par exemple, et moi je suis 100% dans toutes ces interprétations là, mais moi je ne l’ai pas écrite dans cette optique là parce que je pense que c’est ça qui est intéressant avec l’art en général, il se doit d’être amoral et je pense que les meilleures chansons n’ont pas un but d’avoir un message : c’est un peu par rebondissement que les choses arrivent. Par exemple, les Beatles ont écrit des chansons d’amour, mais ce n’était pas écrit dans le ciel car au final ils ont écrit des chansons d’amour parce que c’est ce qui se vendait le plus. Mais par rebondissement ça a créé de l’amour, puis de la paix, mais ce n’était pas nécessairement l’intention au départ. L’art ce n’est pas un panneau publicitaire, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, ça n’a pas qu’une seule dimension.

  • Finalement « Darlène» c’est un album un peu indéfinissable, mais si tu devais le décrire en trois mots, quels seraient-ils ?

Hubert Lenoir : (Réflechis) Hum.. C’est beau, c’est un bel album je pense. Mon dieu, j’espère que c’est coloré. Et j’espère aussi que c’est honnête (rire).

  • Le 31 octobre dernier, Darlène a été sacrée parmi les « 50 meilleurs albums de la décennie (2010-2019) » selon l’Exclaim!’s. Quelle a été ta réaction ? Est-ce que tu t’en doutais ?

Hubert Lenoir : En fait, ça a été sacré parmi les meilleurs albums de la décennie canadiens. Non, je ne m’en doutais pas, vraiment pas en fait parce que c’est le seul album québécois parmi le lot des 50. Puis ce n’est pas nécessairement les albums francophones qui gagnent beaucoup d’attention auprès des gens, qui vont plutôt tourner leurs yeux vers les Etats-Unis ou vers ce qui se fait au Canada anglais. Donc oui, j’étais vraiment surpris et très content. C’est un des trucs qui m’a le plus ému parce que, moi Exclaim!’s je lisais ça quand j’étais jeune, et dans ma tête c’était comme le graal genre. Je ne remettais aucune main à la crédibilité en question, mais dans ma tête c’était tellement quelque chose que je voyais partout dans les disquaires, c’est un magazine qui est encore imprimé. Donc oui j’étais hyper content, puis juste aussi content que la musique ait réussi à traverser la barrière de la langue, parce que c’est encore quelque chose avec lequel on a du mal au Québec et au Canada. Et j’ai hâte pour la suite !

  • C’est justement la question d’après (rire), quels sont tes projets pour la suite ?

Hubert Lenoir : Ce soir c’est notre dernier concert. On était déjà sur un genre de fin au Québec, on faisait plus de spectacle. On utilise du nouveau matériel, c’est un peu une tournée de transition que l’on faisait ce mois-ci en Europe. Après ça, ce soir va être un peu une transition entre les deux. Ce soir c’est vraiment le dernier de cette série-là, après je n’ai plus de show booké. J’en ai plus jusqu’à ce que je ressorte d’autres trucs. Donc le prochain truc que je vais faire devrait certainement être un autre album (rire). Ce serait ça la suite logique. Puis j’ai déjà pleins d’idées d’albums en tête, il faut juste que je trouve l’ordre dans lequel je vais les faire. Je travaille aussi sur d’autres trucs notamment sur un projet d’art performance.

  • Pour finir, est-ce que tu aurais un artiste à nous faire découvrir ?

Hubert Lenoir : Ouais, pleins (rire) ! Je vais regarder dans mon Spotify, des artistes du Québec ce serait cool ! Il y a CRABE qui est un groupe de punk avec qui je collabore et avec qui je vais collaborer aussi prochainement. C’est du punk, mat rock vraiment cool. Allez écouter ce qu’ils font, ils vont sortir un album, c’est vraiment bien ! Sinon dans un autre ordre d’idée, Jeune Loup qui est un rappeur de Montréal qui a sorti deux mixtapes jusqu’à maintenant. C’est très gangsta rap, très américain dans le style mais vraiment fascinant. Puis, je le connais un peu, on a déjà passé des soirées ensembles et il est très cool comme gars !

Encore merci à Hubert Lenoir pour cet interview et on attend donc avec impatience un nouvel album !

 

Enjoy et Stay Tuned.

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