Start It

a2h itw

A2H : Rencontre avec un artiste libre

A l’occasion de sa tournée, on a eu la chance d’interviewer A2H qui s’est confié à nous sur des sujets comme les femmes, les voies de la réussite, son émancipation, etc.

Start It : Qui est A2H ?

A2H : A2H c’est la liberté.

Start it : Pourquoi ?

A2H : Parce que je fais ce que je veux. Personne ne me dit ce que j’ai à faire dans la musique comme dans la vie. Ça a pu me retarder en termes de visibilité par rapport à d’autres mais je peux m’en prendre qu’à moi-même.

Start It : Tu es toujours aussi libre malgré le fait que tu deviennes de plus en plus connu.

A2H : Ouais encore plus libre aujourd’hui parce qu’avant j’étais dans une certaine urgence financière et qu’aujourd’hui j’ai plus de problème d’argent donc ça me permet d’avoir une certaine sérénité.

Start It : Est-ce que tu as remarqué un changement dans ta carrière après Blues ?

A2H : Ouais le retournement de veste de pas mal de gens. Parce que j’ai toujours été un peu mis de côté, parce que je copine pas forcément avec les gens du rap, je fais ma musique en famille. Donc, il y a eu plein de gens qui m’avaient mis un peu de coté, qui, en voyant qu’on atteignait les mêmes chiffres que des mecs en maison de disque, ou qu’on arrivait à remplir des salles alors que les médias ne parlent pas de nous, sont revenus en mode “ah mais quoi de neuf ça te dirait pas de …” et c’est ça qui a changé et qui est le plus marquant. Et encore ce n’était pas un buzz si incroyable que ça, mais il y a déjà des retournements de veste à ce niveau, donc j’imagine même pas si tu fais un buzz à la Lomepal, le nombre de gens qui vont revenir.

Start It : Comment as-tu réagi face à ça ?

A2H : Va te faire enculer *rires*

Start It : Qu’est ce que tu dirais au A2H de 2011 ?

A2H : Ce que je lui dirais aujourd’hui et ce que je me dirais dans 20 ans “Lache rien frère“, c’est ma politique depuis le début et ça n’a pas bougé.

Start It : Tu as commencé à la même époque que L’Entourage. En voyant leur évolution plus classique, est ce qu’à un moment tu t’es dit il faut que je fasse comme eux ?

A2H : Non parce qu’en 2011/2012 j’étais déjà vu comme un chelou. J’ai toujours été mis un peu sur le côté avec des mecs comme 3010 ou comme Ichon … Déjà à l’époque de la première scène on était un petit peu à part. Moi on m’appelait parce que je défonçais tout sur scène, pas parce que j’avais de la visibilité. Je pense que si j’avais pas été très bon sur scène, on m’aurait jamais appelé. C’est vraiment parce que j’ai performé, parce que j’ai travaillé mon truc qu’on s’est intéressé un peu à moi, parce que j’ai jamais été le chouchou des programmateurs ou des médias type Konbini, Noisey etc…

Start It : Est-ce que tu pourrais nous parler de ta pochette d’album ?

A2H : Je voulais faire une pochette qui n’évoque pas un truc urbain, une pochette où je ne suis pas dessus, et une pochette où les femmes sont au centre, comme l’aspect musical. C’est pour ça que je me suis remplacé par une guitare, après, j’ai essayé de mettre des femmes de tous types, de toutes origines de tous gabarits. Faire un truc qui représente le mieux le contenu de l’album vu que ce n’était pas un album rap.

Start It : C’était important pour toi de montrer des femmes pas type mannequin mais de tous types ?

A2H : Hyper important parce qu’elles représentent la vraie vie. Je fais pas mal de prévention sur mes réseaux et je me dis de plus en plus que, les réseaux, la télé, les clips, ça matrixe la jeunesse. Il faut que je fasse attention moi aussi. Par exemple quand on fait un clip comme “Jeune voyou cherche love” avec Jok’air on se tape un trip, on n’est pas vraiment en train de se prendre au sérieux, la vraie vie n’est pas entourée de strip-teaseuse. C’est pour ça que je prends le temps de le dire. Donc je voulais sur la pochette des “girls next door“, parce que ce sont de très belles femmes de tout poids : des très fines, des grosses, des blanches des noires, avec des vergetures et c’est magnifique.

Start It : Est ce que tu as une crainte que tes textes soient mal interprétés parfois ?

A2H : Oui mais ça c’est le lot de tous les créateurs. Moi je préfère être dans la position où je fais un truc avec une bonne démarche, et je sais très bien qui je suis aujourd’hui.

Start It : On sent aujourd’hui que tu es plus libre que jamais sur l’album Amour.

A2H : Carrément ! C’est parce que je me suis réconcilié avec mes démons et plein d’autres trucs par rapport à la musique, la spiritualité des trucs comme ça. Quand tu sais mieux qui tu es, tu sais mieux où tu vas, ça fait un peu bateau mais c’est totalement vrai.

Start It : Ce serait quoi ta conception de la musique ?

A2H : Si j’ai appelé mon dernier album de “rap” Libre, c’est parce que c’est vraiment mon concept. A partir du moment où on annihile mes libertés je me sens mal. C’est pour ça que je n’ai jamais travaillé de ma vie pour quelqu’un à part pour moi-même, je n’ai jamais eu de patron, je n’ai jamais fait autre chose que de la musique, j’ai quitté le lycée pour faire de la musique.

Start It : Tu dirais quoi à un jeune qui veut se lancer comme toi dans la musique ?

A2H : Plein de trucs, je fais des conférences d’ailleurs là-dessus. C’est un truc qu’on est en train de mettre en place pour montrer aux jeunes qu’ils peuvent produire sans forcément avoir toutes les clefs. Tout d’abord ce que je conseillerais, c’est de se dire que ce n’est pas compliqué. Il y a une phrase d’ Orelsan qui résume tout “Si tu veux faire des films il suffit d’avoir un truc qui filme“, si tu veux faire un truc, tu le fais. Si t’as envie d’écrire un texte, t’écris un texte. Si tu veux t’enregistrer ait une carte son. La carte son la moins chère c’est 40 balles. T’investis moins de 500 balles et tu peux sortir un EP sur Spotify. Tu peux te faire un concept clip golri avec un téléphone portable. Pour moi, un jeune qui veut se lancer et qui se plaint, c’est que c’est pas fait pour lui. J’ai vu des gens se lancer avec un iPhone et y arriver.

Start It : Pour revenir aux femmes, qu’est-ce que le féminisme pour toi ?

A2H : Le féminisme ça devrait même pas exister, ça devrait être normal. Ça devrait être inclus, je vois même pas pourquoi on se prend la tête à essayer de dire qu’il faut pas être mauvais avec les meufs ça me parait absurde. Il devrait y avoir un mot pour le mauvais truc pas pour le bon. Le féminisme ça coule de source, si t’as du savoir-vivre, si t’es une bonne personne, tu dois être féministe. En fait, je n’arrive même pas à comprendre les misogynes. En tout cas, c’est important pour moi, j’ai grandi entouré de femmes, je vois pas de différences entre les personnes.

Start It : Ton album est ultra féministe, surtout le morceau “Moitié moitié

A2H : On parlait tout à l’heure de compréhension, je m’attendais à ce qu’il y ait plein de gens qui ne captent pas le message du morceau et qui ne le voient que dans le sens presque inverse de ce que je voulais dire. Finalement, tout le monde a bien compris. J’étais agréablement surpris, il fait partie des morceaux les plus streamés de l’album l’Amour

Start It : Donc tu dis que le féminisme est quelque chose de normal mais tu te bats quand même pour.

A2H : Je me bats parce que je me rends compte qu’il le faut. Beaucoup de femmes autour de moi ne sont pas bien. Je ne suis pas témoin d’actes misogynes mais j’en entends parler. J’ai des copines qui se sont faites violer, ça existe. Je suis complètement effaré, ça me désole.

Start It : Est-ce que tu vois le féminisme comme un combat dans le rap en sachant que c’est un style qu’on qualifie souvent de misogyne ?

A2H : Je ne pense pas que le rap soit vraiment misogyne. Je vois ça comme du spectacle, comme un film. Imaginons : la musique c’est le cinéma, le rap c’est la catégorie Avengers, Marvel, DC Comics, etc. C’est rempli de clichés, de trucs mal faits, de trucs un peu premier degré. Ça me paraîtrait abusé de regarder ces films d’action et de dire “y a un peu trop d’explosions dans ce film-là“. C’est du fake. De mettre des meufs en string dans un clip ça n’a jamais entaché le féminisme, au contraire. J’ai des copines qui apprécient faire des photos dénudées, d’autres qui twerkent en string dans des clubs, j’en connais qui sont actrices porno et c’est des féministes à mort. Des travailleuses du sexe j’en connais plein et ce sont des femmes fortes, des meufs supers qui n’ont rien à envier à une institutrice. Pour moi c’est un faux combat c’est gens qui veulent s’acharner contre le rap.

Start It : Tu comparais le rap aux films de super-héros tu serais quel super héros ?

A2H : Hulk ! *rires*

Start It : Un album dont tu es le plus fier ?

A2H : L’Amour, pas parce que c’est le dernier mais parce que je me suis affranchi des peurs que j’avais. Et j’ai fait du A2H. C’est l’album qui me ressemble le plus.

Start It : On a une dernière question, aujourd’hui est ce que tu penses que tu es amoureux ?

A2H : Ouais carrément et de plein de choses. Je suis surtout tombé amoureux de moi.

On remercie très chaleureusement A2H de nous avoir accordé autant de son temps et d’avoir discuté avec nous avec une telle sincérité. Plus qu’une simple interview, nous avons pu partager une vraie leçon de vie. On lui souhaite beaucoup de courage et d’amour pour la suite.

Enjoy & Stay Tuned.

Iris Boyé & Rémi Huchon

partager

Share on facebook
Share on google
Share on twitter
Share on linkedin
Share on pinterest
Share on print
Share on email
Vous aimerez aussi
Réussite & mystère autour de QALF (Qui Aime Like Follow), nouvel album de Damso
Mika loves Beirut
Petite histoire de la philosophie avec Freeze Corleone