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Chronik Rap #4 : La terrible réalité de la première semaine

Quel plaisir pour tout amateur de rap français de voir ce mois de mars 2020 débouler sur nous et arriver dans nos écouteurs à une allure aussi incroyable. En l’espace de deux vendredis de suite, nous avons eu les albums de Timal, Naps, Laylow, puis Josman, Sneazzy, Hatik ou encore Kaza. Quel début de mois de mars, certes, mais… À peine eu le temps de digérer les trois premiers projets que trois nouveaux viennent de sortir. On écoute le projet, on attend le vendredi suivant pour savoir combien notre artiste a vendu en première semaine, et on passe à l’album suivant. Alors que cela devrait être l’inverse, les artistes devraient vivre de leurs albums pendant plus longtemps. Les ventes d’album, particulièrement dans le rap, sont de plus en plus observées et traquées minutieusement et deviennent un véritable fléau pour les artistes.

            Mais pour comprendre ce processus, il faut bien avoir en tête qu’aujourd’hui, grâce aux plateformes type Soundcloud, et surtout grâce à Youtube, n’importe qui peut sortir un morceau sur Internet. Et que dire de l’arrivée du streaming qui a permis une explosion du nombre de projets sur les plateformes comme Deezer, Apple Music ou Spotify ? Mais entre tous ces nouveaux artistes qui commencent sur Internet et ceux qui sont déjà installés, on se retrouve face à une overdose de projets, de morceaux et d’albums à écouter. Il suffit juste de voir : du 1er janvier au 6 mars, au moins 23 albums projets de rap français sont sortis sur les plateformes ou en physique.

            Du coup, il faut faire un choix : quel album écouter en premier lieu ? Quel artiste va avoir le privilège de voir son album tourner dans les casques des auditeurs ? Comment faire son choix ? Justement, en attendant les chiffres des ventes de la première semaine. Un album qui se sera bien vendu en première semaine sera toujours mieux accueilli et plus écouté par le public par la suite. À l’inverse, un album qui n’aura pas été énormément vendu en première semaine aura tendance à tomber dans l’oubli beaucoup plus rapidement, voir même à subir les moqueries de la part d’une partie « d’auditeurs » qui ne jurent que par les chiffres. Et voilà qu’arrive la guerre entre les comptables, qui ne regardent que les chiffres, et les autres auditeurs, également appelés les néo-puristes. Entre ceux qui vont être dans la moquerie des ventes d’un artiste, et ceux qui, à vouloir le défendre corps et âme, en ne cessant de le qualifier de sous-coté,les deux bords ne cessent de décrédibiliser l’artiste.

            Aujourd’hui, à l’heure du streaming, la qualité d’un album est de plus en plus évaluée à son score en première semaine, ce qui est absolument désolant. Aujourd’hui, même les rappeurs les plus connus luttent contre ce fléau : Dinos par exemple, qui a mis 3 ans à sortir son album « Imany » est le premier à se battre contre cette nouvelle lubie de la première semaine. Dans de nombreuses interviews, il précise que ce qu’il vise avec son album, c’est l’intemporalité, et que ses morceaux pourront être réécouter dans 10 ans sans prendre une ride. Mais est-ce qu’un auditeur lambda voudra réellement prendre la peine de réécouter son album, si tant est qu’il se souvienne que Dinos a sorti un album ?

            Mais, ne perdons pas espoir. De plus en plus de voix s’insurgent contre cette dictature de la première semaine, et la majorité des auditeurs savent très bien qu’un projet qualitatif finira nécessairement par marcher mais que cela peut prendre du temps. Par exemple, l’album « Opéra Puccino » d’Oxmo Puccino, considéré comme un des plus grands classiques du rap français, a mis 8 ans avant de devenir disque d’or. Et même avec une promo approximative, le bouche à oreille fait systématiquement son travail si le projet est bon.

            Pour conclure, je vous laisse sur ces quelques conseils : arrêtez de regarder les chiffres des ventes en première semaine, arrêtez de regarder les vidéos Youtube de première écoute et prenez le temps d’écouter un album. Finalement, c’est peut-être Josman qui a raison : « On s’en fout, 2020 c’est streamingland, y’a plus de règles, du son pour tout le monde, peu importe le nom que tu lui donnes, ça reste une poignée de sons sur Spotify, te prends pas la tête c’est que de la musique poto ».

Enjoy & Stay Tuned.

Rémi

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