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2020 : vers l’apogée du rap féminin?

Doja Cat, Nicki Minaj, Megan Thee Stallion, Cardi B et M.I.A. Ce sont les noms des rappeuses qui ont cette année atteint le sommet du classement américain Billboard Hot 100. Entre 1998 et 2018, seulement cinq rappeuses s’étaient imposées en numéro 1 des charts. Aujourd’hui, cinq femmes réalisent cet exploit en dix mois.

Pourtant, lorsque le rap commence à gagner en notoriété en Outre-Atlantique dans les années 1990, les femmes ont déjà une place dans le milieu. Des noms comme Lauryn Hill, Lil’ Kim ou encore Missy Elliott (pour ne citer que les plus connues) ont marqué l’histoire et continuent à influencer la scène du rap. Elles se sont créées une place de choix dans ce milieu alors quasi-exclusivement masculin. Certains albums sont désormais considérés comme des classiques de nos jours (on peut penser par exemple à l’album The Miseducation of Lauryn Hill). Mais le chemin qu’elles ont pavé s’est volatilisé avec les années 2000, l’expansion des téléchargements illégaux et avec le choix des labels musicaux de préférer miser sur la sécurité en abandonnant le rap féminin.

Un retour timide dans les années 2010

Il faut attendre 2009 pour que Lil Wayne signe Nicki Minaj sur son label Young Money, enclenchant alors un renouveau dans le milieu. Dès lors, la rappeuse enchaîne les collaborations et montre l’étendue de ses talents aux hommes implantés dans le milieu en alternant punchlines sanglantes et tenues provocatrices. Elle acquiert le respect de ses compères et devient incontournable au sein du genre musical. Ce faisant, elle motive ainsi d’autres rappeuses à émerger comme Azealia Banks ou encore Iggy Azalea.

Mais leur percée se confronte à deux obstacles. Dans un premier temps, les femmes qui se lancent dans le rap font souvent preuve d’une confiance en soi qu’elles portent autant dans leurs mots que sur elles. Alors, avec des looks et des paroles considérées comme vulgaires, l’opinion publique s’adonne plus souvent à des points de vue critiques sur leur apparence que sur leur rap. Plutôt critiquées pour l’image qu’elles véhiculent, on finit par en oublier leur musique. De plus, si elles ont la chance d’attirer un intérêt pour leur art, le public tend généralement à les opposer et les comparer. En effet, ces femmes sont alors mises en compétition, comme s’il ne pouvait y avoir qu’une seule d’entre elles dans le milieu.

Cet aspect est symptomatique d’une place minoritaire des femmes dans le monde du rap, les rappeurs masculins ne connaissant que rarement de telles comparaisons. C’est donc pour cela que les années 2010 n’ont pas pu voir de rappeuses perdurer : une seule rappeuse parmi elles pouvait avoir droit à la lumière, celle qu’on nommerait « reine du rap ».

L’apparition de diversité

Cette vision s’est appliquée à nouveau dès 2017 avec l’arrivée de Cardi B sur le devant de la scène, les comparaisons avec Nicki Minaj ont directement fait surface. En seulement trois ans, la scène américaine s’est enrichie de nombreux nouveaux noms dans le rap féminin. Lizzo, Megan Thee Stallion, Doja Cat, City Girls, Saweetie ou encore Kash Doll ont su gagner une audience qui grandit jour après jour. Une émergence en 2020 qui cette fois, ne joue plus sur les codes de l’opposition entre artistes mais plutôt sur la réunion de celles-ci.

En effet, les collaborations entre rappeuses sont en pleine expansion et semblent séduire le public comme le montre le succès des titres ‘Say So (Remix)’ de Doja Cat & Nicki Minaj et ‘WAP’ de Cardi B & Megan Thee Stallion. Cette entraide fait office d’entrée dans une nouvelle ère du rap féminin. Le rap féminin gagne en notoriété et vient même faire de l’ombre au rap masculin comme avec le Grammy d’album rap de l’année 2018 décerné à ‘Invasion of Privacy’ de Cardi B.

Finalement, presque 10 ans jour pour jour après la sortie du premier album de Nicki Minaj Pink Friday, Megan Thee Stallion sort à son tour son premier album Good News ce 20 novembre 2020. Clin d’œil ou simple coïncidence ? Cela reste sans réponse mais le message paraît clair : le relais est prêt à être passé et la prospérité du rap au féminin ne semble que commencer.

A la conquête du monde

Cette renaissance du genre aux États-Unis souffle alors un vent nouveau d’inspiration à travers le monde. On voit émerger des rappeuses dans de nombreux pays comme Ms Banks et Lady Leshurr au Royaume-Uni ou Tkay Maidza en Australie. La scène francophone n’est pas épargnée. On retrouve des artistes comme Shay, Chilla ou encore Lous and The Yakuza (qui redéfinit même le genre avec des influences pop). Elles sont propulsées dans un milieu qui reste, cependant, très hermétique bien qu’en pleine évolution. En effet, seule Diam’s il y a déjà dix ans de cela avait réussi à s’imposer dans le rap français bien qu’aucune héritière n’avait été trouvée depuis.

A l’heure où les pensées féministes se développent et gagnent en terrain, le rap féminin confie au monde des artistes indépendantes aux ambitions affirmées. Ces nouvelles icônes du mouvement sont prêtes à défendre leur position. Elles mettent fin à l’objectification des femmes dans le rap, se ré-approprient leurs corps et parlent à leur tour de leur désir sexuel. La décennie 2020 semble donc rassembler tous les éléments nécessaires pour assister à l’apogée du rap féminin à travers le monde. Seulement, il se doit de perpétuer cette idée d’entraide qui se développe. Il ne doit pas céder aux pressions d’un public qui veut observer des scandales entre rappeuses plus qu’il ne veut de chansons.

Enjoy & Stay Tuned.

Augustin Chassang

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