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La “cancel culture” dans l’industrie musicale

Importé tout droit des Etats-Unis, le terme de “cancel culture” tend à s’imposer de plus en plus en France et notamment dans la sphère musicale. Son rôle et son utilité restent toutefois controversés.

Qu’est-ce que la “cancel culture” ?

La “cancel culture” consiste à dénoncer et à boycotter (généralement via les réseaux sociaux) un individu ou un groupe d’individus dont les actes ou les propos sont jugés problématiques. La “cancel culture” s’inscrit majoritairement dans un but de justice sociale et de sensibilisation aux discriminations. Les partisans du “canceling” estiment qu’il est immoral de continuer à soutenir et à promouvoir une personnalité publique aux discours ou aux actions relevant du racisme, de l’homophobie, du sexisme etc.

Malgré un objectif qui semble noble, la “cancel culture” n’en reste pas moins destructrice et synonyme de cyberharcèlement. En effet, cette “culture du bannissement” se traduit généralement par des menaces, des agressions et des insultes pouvant aller jusqu’aux menaces de mort. Mais la controverse ne s’arrête pas là.

Tout d’abord, il n’y a pas de prescription concernant la “cancel culture”. De fait, toute publication sur les réseaux sociaux, peu importe sa date, est susceptible de causer le “canceling” de son auteur plusieurs années plus tard. La “cancel culture” ne prend donc pas en considération les évolutions de la mentalité d’un individu ni celles des mœurs de l’époque à laquelle il appartient.

Autre point important, la “cancel culture” naît souvent de preuves douteuses (quand il y en a) et généralement sorties de leur contexte. Un ancien tweet teinté d’humour noir peut alors rapidement devenir une cause de boycott.

A noter également que la “cancel culture” n’admet pas de pardon et résume fondamentalement un individu à ses erreurs : avoir eu un propos sexiste, c’est être sexiste.

La “cancel culture” et son impact sur l’industrie musicale

Dans le domaine artistique, la “cancel culture” est généralement pointée du doigt pour son aspect arbitraire. En effet, “cancel” un artiste dépendra la plupart du temps de sa popularité, de l’appréciation que l’on porte à son travail, de l’estimation subjective de la gravité de ses actes ou de ses propos, et pour finir de la réponse de chacun à la fameuse question : Faut-il séparer l’homme de l’artiste ?

A titre d’exemple, en mai 2020 l’artiste américaine Doja Cat s’est retrouvée au cœur de la polémique suite à d’anciens propos racistes tenus lors de chats vidéo. On y entend la jeune femme s’amuser des remarques racistes de ses interlocuteurs et même affirmer regretter être noire.

L’interprète de Say So est également à l’origine d’un titre polémique sorti en 2015, quelques temps après le suicide de l’activiste afro-américaine Sandra Bland, arrêtée brutalement par la police et retrouvée pendue dans sa cellule trois jours plus tard. Le titre du morceau en question, Dindu Nuffin, est en réalité une expression péjorative destinée aux personnes noires victimes de violences policières ou de problèmes avec la justice.

Le dernier scandale en date de l’artiste est un TikTok où elle évoque « Beyonkey » qui pour la toile constituerait un mélange entre Beyoncé et “monkey”, soit singe en anglais.

Il n’en fallait pas plus aux internautes pour lancer le hashtag #DojaCatIsOverParty. L’artiste s’est empressée de se justifier et de s’excuser via un message publié sur Instagram, aujourd’hui supprimé de son compte. Elle y affirme notamment : “Je suis une femme noire. La moitié de ma famille est noire et originaire d’Afrique du Sud et je suis très fière de mes origines. En ce qui concerne le vieux titre qui a refait surface, ce n’était lié à rien d’autre qu’à mes expériences personnelles. […] J’ai essayé de changer le sens de ce terme, mais j’admets que c’était une mauvaise idée de l’utiliser dans ma musique.”.

Le hashtag #WeAreSorryDoja n’a pas tardé à faire surface sur Twitter, provoquant toutefois en grande majorité l’indignation des internautes peu disposés à passer l’éponge sur ses propos.

Ces incidents et l’appel à “cancel” Doja Cat ne semblent cependant pas avoir entaché sur le long terme la carrière de l’artiste au succès fulgurant. Celle-ci est même revenue avec humour et décontraction sur les scandales dont elle a fait l’objet dans l’introduction du clip Baby, I’m Jealous en featuring avec Bebe Rexha. Ses propos problématiques ne l’ont d’ailleurs pas empêchée d’être nommée dans quatre catégories aux American Music Awards en novembre 2020, où elle remporte les récompenses de “Nouvelle artiste de l’année” ainsi que “Meilleure artiste féminine – soul/R&B”.

Autre figure de la “cancel culture” américaine, Kanye West a également été au cœur des critiques en 2018 après avoir tenu des propos polémiques concernant l’esclavage : “On entend parler de l’esclavage qui a duré 400 ans. Pendant 400 ans ?! Ça ressemble à un choix”.

La scène francophone connait également son lot d’artistes “canceled”. Récemment se sont Roméo Elvis et Moha La Squale qui ont été respectivement accusés d’agression sexuelle, et de viol, violences et séquestration. Si le premier a reconnu les faits et publié son mea culpa sur les réseaux sociaux, le second semble démentir avec provocation.

Les nombreux threads Twitter dénonçant le harcèlement sur mineure contre Yuzmv ont quant à eux poussé le rappeur Roshi à mettre fin à leur collaboration sur sa mixtape Attaque II.

Dans une récente interview pour Paris Match, Christine and the Queens a par ailleurs affirmé que “Le #MeToo de la musique ne fait que commencer”.

Force est de constater qu’après une brève période de silence radio, la plupart des artistes finissent bien souvent par revenir progressivement sur le devant de la scène. En effet, l’influence de la cancel culture reste relativement peu efficace dans le domaine musical. Un exemple parlant reste celui de la réhabilitation de Chris Brown, tristement célèbre pour avoir commis des actes de violences sur sa compagne de l’époque, la chanteuse Rihanna.

Enjoy & Stay Tuned.

Eva Rozand

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