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L’usage du featuring dans la musique

Le terme featuring (parfois abrégé par feat ou ft.) signifie en anglais « en présence de… » ou « avec la participation de… ». Dans la sphère musicale, ce mot est généralement employé pour désigner une collaboration entre deux ou plusieurs artistes. D’après le site américain distrokid.com, le nombre mensuel moyen de featuring dans le Billboard Hot 100 est passé de 7 dans les années 1980 à 33 aujourd’hui. Si certains encensent ce phénomène, d’autres crient à l’overdose et au manque de cohérence des diverses collaborations. Réel intérêt artistique ou simple recherche de buzz ?  Start It décrypte pour vous le phénomène du featuring.

Le featuring : un atout commercial

Le premier reproche à l’encontre du featuring concerne généralement la stratégie commerciale dont il fait l’objet. En effet, nombreux sont les avantages marketing d’une collaboration entre artistes. « Si vous faites un featuring, vous êtes au moins deux, vous avez alors plus de chances de vous retrouver dans une playlist et donc d’être écouté. C’est sûr, il faudra partager les bénéfices, mais c’est mieux que de tomber dans les méandres de Deezer et de Spotify. » a expliqué le producteur Tefa.

En ce sens, certains artistes n’hésitent pas à user abusivement du terme « feat ». Un exemple type est celui de la collaboration entre Léa Castel et Gringe sur le titre Pas tout compris. En effet, nombreux ont été déçus car le rappeur, bien que co-auteur du morceau, n’est audible que dans les backs et n’a aucun couplet en solo. Beaucoup ont accusé Léa Castel de faire la promotion de son titre en utilisant le nom de Gringe.

Lorsqu’il s’agit d’un featuring entre artistes reconnus, le but pour les maisons de disques est généralement de doper la popularité et les ventes d’un morceau en alliant les publics respectifs de chaque interprète. Récemment, c’est le collectif à l’origine de l’album 13’Organisé qui a connu un énorme succès en France. Difficile d’en être autrement quand des gros noms du rap français actuel tels que Jul, SCH, Naps, Alonzo, Soso Maness etc. se réunissent sur un seul et même projet.

Autre cas de figure : le featuring avec des artistes notoires permettant aux artistes encore méconnus du grand public de gagner en visibilité et en notoriété. La chanteuse Indila s’est notamment faite connaitre grâce à des collaborations avec de nombreux artistes, comme Youssoupha, Soprano, Rohff ou encore L’Algérino.

Une autre des critiques attribuées à l’usage du featuring dénonce plus particulièrement la forme du « duo virtuel » entre artistes francophones et artistes internationaux. Dans cette configuration, un artiste va alors simplement se « greffer » à un tube international déjà préexistant en y chantant le refrain et/ou des couplets. Si cette technique peut être considérée comme une opportunité pour nos chanteurs locaux de se faire une place sur la scène internationale, elle amène souvent à un manque de cohérence dans le projet final. En 2015, c’est notamment l’inattendu featuring entre Ariana Grande et Kendji Girac sur One Last Time (Attends-moi) qui avait rendu perplexe les auditeurs.

Ce manque de cohérence se retrouve également dans certaines chansons pop qui intègrent des couplets de rap dans le but de favoriser le phénomène du « crossover appeal ». Ce dernier désigne la volonté de toucher et réunir des fanbases diverses de façon la plus étendue possible. C’est en ce sens que la chanteuse Katy Perry a par exemple fait appel à Snoop Dogg sur California Gurls, Nicki Minaj sur Swish Swish, Kanye West sur E.T., Juicy J sur Dark Horse ou encore Migos sur Bon Appétit.

Néanmoins, le phénomène inverse semble, lui, avoir plus d’attrait aux yeux du public. En effet, les rappeurs faisant appel à des chanteurs (et plus souvent des chanteuses) pour interpréter les refrains de leurs titres, connaissent généralement un franc succès. Fréquemment, il s’agit de morceaux sur le thème de l’amour, où la voix féminine permet de contribuer au storytelling du titre. C’est notamment le cas pour les morceaux Silence de Damso feat Angèle et Dans l’univers de Nekfeu feat Vanessa Paradis.

Le featuring, ou comment rendre possible l’impossible

Le featuring est parfois pointé du doigt pour son manque de cohérence vis-à-vis de l’univers et de l’ADN respectifs des artistes qu’il réunit. Néanmoins, ne serait-ce pas là au contraire une de ses forces ? Pouvoir faire preuve de suffisamment de créativité et d’innovation pour réunir des univers musicaux en apparence opposés ? « En se baladant sur YouTube, les gens ont pris l’habitude d’écouter tous les styles de musique, et ne sont plus du tout surpris de voir deux artistes très différents s’unir sur un titre » a déclaré Tefa.

Parmi les collaborations « improbables » et insolites de ces dernières années, on recense Nous deux de Lorenzo feat Shy’m, Amour de Alkpote feat Philippe Katerine ou encore Monarchie Absolue de Bilal Hassani feat Alkpote. Loin de faire l’unanimité, ces titres ont tout de même su trouver leur public et au-delà du débat sur leur qualité musicale, c’est l’audace de ces collaborations qui a su être saluée.

Si nous mentionnions précédemment que le featuring ne possède pas de frontière, car il peut réunir des artistes des quatre coins du monde, il n’est pas non plus soumis aux contraintes temporelles et post-mortem. En effet, certains titres et feat ont pu voir le jour des années après le décès de leur(s) interprète(s).

En 2014, la chanson Love Never Felt So Good de Michael Jackson feat Justin Timberlake sort cinq ans après le décès du King de la pop. Michael Jackson devient alors à titre posthume le premier artiste de l’histoire à avoir un Top 10 single dans le Billboard Hot 100 américain sur cinq décennies. Le featuring devient ainsi un moyen de faire perdurer la mémoire, l’âme et l’art d’un artiste en remettant au goût du jour son œuvre.

Il ne fait aucun doute que le featuring a su s’imposer comme grande tendance ces dernières années. Les collaborations entre artistes abondent dans les classements des plateformes de streaming mais aussi à la radio. Ce phénomène possède indéniablement une dimension commerciale, certes, mais également une dimension artistique et/ou amicale. Certains artistes ont d’ailleurs fait le choix de bannir le terme « featuring » et privilégient l’usage d’une esperluette pour symboliser leur collaboration.  

Enjoy & Stay Tuned.

Eva Rozand

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