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Rap français

Rap français, inversion des valeurs ?

Le rap, musique la plus écoutée par les français. On écoute du rap de plus en plus tôt, on a accès à des tablettes, ordinateurs et autres smartphones toujours plus jeunes.
Pour aller à l’école, dans le bus, à pied ou à vélo, dans la cour de récréation, en allant au sport, en faisant du sport, en soirée ou même chez soi, on écoute de la musique et principalement du rap. L’accès aux technologies modernes nous permet d’être en capacité d’écouter de la musique partout et tout le temps
.

Cette musique relativement récente dépasse complètement ce qu’elle est en devenant un véritable fait de société, un facteur de conditionnement qui nous accompagne quotidiennement.

Qui peut prétendre écouter en moyenne deux heures par jour des paroles posées sur une instrumentale sans qu’il n’y ait la moindre influence sur ce que nous sommes ? Notre cerveau est plastique, notre environnement détermine grandement ce que nous devenons, ce que l’on écoute tous les jours aussi.

Les valeurs mises en avant, le discours porté que l’on retrouve dans le rap a alors un impact considérable sur notre personnalité et à plus grande échelle, sur notre société.
C’est pourquoi il est intéressant de se pencher sur la question des valeurs véhiculées par le rap français ainsi que son évolution.

 Les débuts du rap français

Le rap français prend forme dans les années 80, après son avènement dans les ghettos américains des années 70.

Tout commence avec Kool Herc, DJ du bronx aux Etats-Unis lorsqu’il anime des soirées funk/électro dans les quartiers autour de chez lui.
C’était l’occasion pour les habitants de se réunir et d’oublier les problèmes qui envahissaient leur vie. On y retrouvait des pratiques comme le Graffiti, le beatboxing, le Dj-ing et la danse bien sûr, dont une tout bonnement particulière qui jouera un rôle déterminant dans l’histoire de la musique : le break dance. Cette discipline vient de « Casser la danse » lors des solos de batterie qui duraient une quinzaine de secondes dans la musique funk. Ces solos de batterie peuvent aisément nous faire penser à une instrumentale de rap avec nos oreilles modernes. C’était une véritable démonstration, une performance courte mais intense.

Kool Herc a alors décidé d’aligner deux vinyles sur les platines et ainsi, de passer d’un solo de batterie à un autre. De fil en aiguille, des personnalités fortes qui représentaient leurs quartiers alignaient leur voix sur l’instrumentale lors des soirées organisées par Kool Herc. On ne peut pas encore parler de rap tant, les performances s’éloignent de ce que sera cette musique telle qu’on l’entend.

Après de multiples soirées, de multiples performances sur ces solos de batteries dérivées du funk, on arrive finalement au rap aux États-Unis dans les années 70. Dix ans plus tard, cette musique novatrice, pleine d’énergie et de promesses traverse l’Atlantique et s’installe dans les quartiers français.

Les DJ français vont se mettre à scratcher des tubes de James Brown en alliant encore une fois danse et Graffiti lors de divers événements.

C’est Patrick Duteil dit « Sidney » qui va montrer au grand jour le rap en France, encore caché dans quelques radios pirates. En 1984, TF1 propose sa nouvelle émission « HIP HOP » animée par Sidney. Des open-mic se créent, les danseurs et rappeurs se rassemblent et improvisent leur musique, il y a une véritable émulation qui reste néanmoins marginale malgré la passion entretenue.

D’année en année, des collectifs se forment, des petits rappeurs sortent la tête de l’eau. La naissance d’un certain Akhenaton à Marseille voit le jour, Mc solaar à Paris, Doc Gyneco, le fameux groupe NTM ou encore Assassin. Des radios comme radio Nova ou encore l’émission rapline vont participer à l’essor du mouvement rap qui trouve désormais sa place et son public. Pour illustrer ce succès, un simple chiffre est assez révélateur de l’ampleur du phénomène : Mc solaar en 1990 vend à plus de 400 000 exemplaires physiques avec son album « Qui sème le vent récolte le tempo ». Les titres sont revendicatifs, il y a une volonté de dénoncer les inégalités auxquelles font face les habitants des quartiers français. Le rap porte un message, un message que beaucoup comprennent, c’est une caisse de résonance pour ces jeunes délaissés sans porte-parole. Leur député à eux, c’est le rappeur de leur quartier. Le rap c’est se faire entendre, c’est prendre parti, comme le dit si bien Arsenik dans boxe avec les mots : « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? ».

Rap-français-80

Le rap français des années 1990-2000 est très influencé dans son esthétique par le rap américain de la côte est. C’est donc avec des instrumentales aux allures de jazz et de soul que les français performent. Parsemé de quelques scratchs et de poésie qui nous caractérise tant, ce rap se démarque en Europe où sommes la deuxième nation à pratiquer cette musique et à l’écouter autant.

L’année 1995 laissera une trace indélébile dans le rap français, et ce, par la diffusion de Time bomb Vol.1, projet regroupant des artistes comme Booba, Ali ou encore Oxmo Puccino. On parle français, arabe et wolof, il y a une culture du verbe, une culture du phrasé mélangées à des paroles crues et parfois très violentes. “Time Bomb a apporté une manière de traiter les sujets, avec un swing, des onomatopées, des jeux de mots, des consonances. C’est ce qui a fait la différence” selon le rappeur Pit Baccardi.

Au fur et à mesure des années, le rap français évolue avec l’émergence de nouveaux artistes comme Rohff, Lafouine, Sefyu, Soprano ou encore Kery James. Les années 2000 voient le scratch mourir à petit feu et la culture hip hop qui regroupaient les danseurs, les beatboxeurs, les Djs et les graffeurs s’efface jour après jour. C’est un tournant dans l’histoire du rap, car ce mélange de discipline amenait une diversité dans les communautés regroupées. C’était l’occasion pour beaucoup de se fédérer, d’échanger, de s’entraider mais aussi purement et simplement de passer un bon moment tous ensemble. A la fin des années 90 et au début des années 2000, ce phénomène de détachement du rap et de son avènement a cassé cette précédente dynamique pourtant vertueuse.
Le rap prend définitivement son envol.

Dans les années 2005-2010, un style de rap marginal devient presque une norme en France tant son succès est considérable ; c’est le « gangstarap ». Ce style peut être défini comme un mélange d’égotrip, de glorification de la violence, de définition de la femme comme un objet sexuel. C’est une démonstration de richesse comme en témoigne les voitures, montres et autres bijoux montrés avec insistance dans les clips musicaux de beaucoup d’artistes. C’est aussi une démonstration de puissance pour montrer que dans un potentiel conflit, le rappeur et son équipe sont prêts à en découdre et mieux que ça, ils sont préparés à gagner. Les indicateurs explicites de cette idée sont illustrés par le fait de montrer l’équipe du rappeur en question en arrière-plan, des armes, des muscles, des protagonistes qui semblent être en plein entraînement de boxe ou encore des regards menaçants accompagnés de doigts d’honneur envers la caméra et donc in fine, envers l’auditeur.

Scarface-Booba

Booba, Gradur, Lacrim ou Kaaris en sont des dignes représentants. Nous parlons ici de l’esthétique renvoyée par le clip, des valeurs véhiculées, sans dire que les rappeurs sont talentueux ou non. Leur succès parle pour eux-mêmes.

Chez ce type de rappeur, on ne sent pas vraiment l’influence hip-hop des années 80 avec le regroupement de disciplines dont nous parlons précédemment. C’est un rap différent, nouveau en France.

Dans cette même époque, on retrouve un opposé esthétique et musical qui trouve et garde son public. Les thèmes abordés sont politiques, on y parle d’injustices, de misère, de fraternité, d’ambition et même d’amour. Les représentants de cette musique qui correspond à celle des années 80-90 du rap français sont Kery James, Youssoupha, Keny Arkana et même le collectif 1995.
Ce collectif avec notamment Nekfeu, Guizmo, Jazzy Bazz, Sneazzy ou encore Alpha Wann est encore très présent actuellement. 1995 a accompagné l’adolescence et plus généralement la jeunesse d’une partie considérable de jeunes nés dans les années 95-2000. C’était un rap à l’ancienne de jeunes parisiens très normaux qui racontaient leurs galères, leur vie, leurs ambitions avec une culture de la technique et du phrasé incontestablement très travaillé.

Enfin, les années 2010-2020 ont vu naître un renouveau dans le rap français avec des artistes comme SCH, PNL, Ninho, Vald, 13block ou encore Damso. De nouvelles esthétiques, approches artistiques, sonorités musicales se sont invitées à la fête au plus grand bonheur des amateurs de rap qui voyaient cette musique tourner en rond et perdre en valeur les années précédentes.

PNL-The-Feader

Véritable inversion ou fantasme ?

L’évolution du rap français a vu des changements significatifs à travers le temps. Les débuts du rap caractérisés par un discours revendicatif sur les difficultés rencontrées au quartier s’est peu à peu transformé en « Gangstarap » banalisé. Il est essentiel de préciser qu’une multitude de style de rap coexistent et que ce fameux gangstarap n’a aucun monopole.

Un rappeur a traversé les âges, il a toujours eu un succès flamboyant. Sa longévité inspire. Il a su se renouveler pour s’adapter au marché et garder son trône. Booba est un exemple intéressant pour analyser brièvement comment le rap a évolué.

Booba a toujours excellé dans une forme de vulgarité, dans le rap « cru ». A l’époque de Lunatic, dans les années 2000, Booba avait déjà cette aura du jeune banlieusard qui rap sans concession. Il était aussi reconnu pour cette culture du phrasé, une technique déroutante, une manière de poser singulière. Ali, par équilibre était lui, le rappeur mature dans l’histoire, celui qui prend du recul sur sa vie, qui traite de sujets plus intemporels et philosophiques. Booba est terre à terre et le duo fait mouche.
Dans l’esthétique, dans ce qui est véhiculé visuellement, on a un Booba en capuche qui rap sa musique face caméra sans artifices, sans superficialité. Son esthétique reflète pleinement sa musique.

Booba-Ali-Lunatic

Avec son album Panthéon de 2004, le Duc arrive avec une nouvelle image, déjà très inspiré des Etats-Unis. Sur la cover, on retrouve du muscle, une montre onéreuse, une chaîne et des tatouages.

Booba-Panthéon

En 2006, avec Ouest side, il sort le titre « Pitbull » qui reprend l’instrumentale de Mistral gagnant de Renaud. Cet album est un succès qui traverse le temps. Le titre de l’album est très révélateur de l’influence américaine. Dans le clip de Pitbull, on commence à voir des femmes apparaître à moitié dénudées dans un lit en talon haut avec Booba. C’est le début d’une nouvelle image « bling bling » d’un homme au pouvoir infini.

Les albums s’enchaînent et on arrive à 2011 avec Autopsie.4, mixtape dans laquelle on retrouve le titre Scarface qui aura marqué une génération. Au-delà de l’aspect musical, du talent de l’artiste, ce qui nous intéresse, c’est encore une fois le discours, les valeurs véhiculées.
Ce clip qui comptabilise plus de 36 millions de vues est un exemple parfait du stéréotype qui arrive brillamment à réunir tous les clichés. Nous y retrouvons le rappeur en pleine forme physique qui manie une arme, des gros bijoux en or, des femmes pulpeuses en petites tenues, des strip-teaseuses et bien entendu quelques liasses de billets sans oublier la grosse voiture très chère. C’est un magnifique cocktail qui résume ce qu’était devenu une grande partie du rap à cette période.

Si l’on compare le Booba des années 2005-2015 à celui des années 95-2000, on retrouve une inversion des valeurs assez symbolique. Difficile d’imaginer le Booba à la fin des années 90 dire « Je n’arrête pas de mater son cul, j’y plongerai 25 fois par jours jusqu’à ce que la go appelle au secours, jusqu’à ce qu’elle n’en peuve plus ». Néanmoins, chez Booba, le discours s’est certes vulgarisé, mais il a toujours été violent et vulgaire, un discours cru. Ce discours était sans artifice, l’influence américaine a ramené quelques paillettes qui ont fait briller le rappeur.

Aujourd’hui, Booba avec par exemple le clip RST sorti en juillet 2021, se retrouve entouré de bijoux, des grosses voitures, des femmes complètement dénudées qui twerkent, un ennemi qui se fait passer à tabac. Le rappeur est toujours dans une volonté d’exposer sa puissance, de montrer le danger qu’il représente dans un potentiel conflit. Il montre aussi sa réussite financière, ses acquisitions matérielles, mais représente aussi la femme comme rien d’autre qu’un objet sexuel.

Booba-RST

Cette étude de cas sur Booba est intéressante car révélatrice de l’évolution du rap dans le discours posé. Néanmoins, Booba ne représente pas l’ensemble du rap, il y a toujours eu du rap conscient ou comme Guizmo l’appelle, du rap « censé » et il y en aura toujours. Même lors de la période 2005-2010, il y avait Kery James, Youssoupha etc…

Nous sommes passé d’un discours qui critique l’état, qui dénonce des injustices légitimes, qui met en perspective les excès du capitalisme, de la course à l’argent permanente à un rap qui fait la promotion exacte de ce qui était dénoncé. Le gangstarap qui s’est complètement banalisé fait la promotion d’acquisitions matérielles onéreuses, fait la promotion de l’individualisme, glorifie la violence, glorifie la paresse et fait au final la promotion de l’ultra capitalisme et de ses excès.

Le Booba de scarface est un pur produit de l’ultra capitalisme américain. Le rap des années 90 dénonçaient exactement ce type de profil qui ne pense plus qu’a la richesse et ne laisse rien à des valeurs comme le partage, la bienveillance ou l’engagement politique et social.

C’est une parfaite inversion dans le discours qui est pour le moins étonnante.

IAM qui a joué un rôle déterminant dans l’histoire de notre rap n’était pas toujours tendre. Il n’y avait pas un rap doux et aujourd’hui un rap hardcore, mais la manière de penser et de poser les drames de leurs vies est tout à fait différent.
L’équipe d’IAM n’avait pas la vie facile. Ils racontent dans leurs musiques leurs galères, leurs difficultés, la vie au quartier comme beaucoup le font aujourd’hui. Dans leur titre « C’est donc ça nos vies » (1997), morceau assez triste qui parle de leur quotidien difficile rempli de violence, Freeman dit « Chez nous les cœurs se glacent très tôt
La peur se tasse, pour un rien les frères se fracassent
Les patates volent, les mauvais coups s’enchaînent
Comme cette chienne de vie habitués au vacarme
Pour éviter les larmes, dans les poches les gosses y glissent des lames
Pas facile de vivre avec des drames ».

C’est d’une violence extrême, mais malgré cela on retrouve cette culture française du phrasé. Il y a bel et bien la volonté de faire quelque chose de beau à partir d’une vie qui ne l’est pas.

IAM-Akhénaton

Chez NTM, on retrouve encore plus de violence et de vulgarité dans les textes, mais les thèmes socio-politiques sont souvent abordés. Il y a cette dimension revendicative propre au rap des années 90. Dans le titre à succès « Tout n’est pas si facile », le texte commence par une succession de phases qui résument plutôt bien l’énergie qui régnait autour du hip-hop :

« 1983, il y a plus de dix ans déjà
Le Hip Hop en France faisait ses premiers pas
Il n’y avait pas de règle, pas de loi
Non surtout pas de contrat
Pas de problèmes entre toi et moi
Tout était clair, du but à la manière
Dont tout devait se faire, naïf, novice, mais tellement fier
D’évoluer dans un système parallèle
Où les valeurs de base étaient pêle-mêle
Peace, Unity, Love and Having Fun
Le Hip Hop n’a jamais eu besoin de gun
Ni de gang, de toys ni de bande
Mais plutôt de la foi de ce qui en défendent
La mémoire et l’éthique, les valeurs essentielles ».

NTM-Noir-blanc

La paix, l’unité et l’hédonisme sont mis à l’honneur avec le groupe NTM, pourtant considéré comme l’un des groupes les plus vulgaires, les plus hardcore de l’époque.

Lorsque l’on entend certaines phases du rap actuel, on se rend compte qu’il n’y a plus de limites éthiques et que les valeurs véhiculées par certains artistes sont complètement à l’opposé du Hip-hop traditionnel. Pour illustrer ce propos, voici une sélection de phases de rap moderne qui choqueraient un auditeur de rap des années 90.

Niska dans Carjack Chiraque « Jeune renoi sauvage, elles ont du sperme dans l’œsophage (bando na bando) Le canon frotte mon pénis, le vendredi je suis en qamis ». Voila qui est relativement vulgaire en mettant en avant son côté sauvage et la réduction de la femme à un objet sexuel humilié. Il est absolument impensable de voir cela dans le rap français traditionnel et c’est pourtant un morceau qui n’a fait aucune polémique, qui est passé inaperçu tout en étant très écouté.

Un morceau très écouté, qui est passé en boîte de nuit ou même en radio est le son « Tchoin » de Kaaris, tout simplement hallucinant au niveau du discours. Le refrain qui fait 40% du son dit « la go là c’est peut-être une fille bien, mais on préfère les tchoins, tchoins, tchoins ». La “go” veut dire la “fille” et “tchoin”, qui vient de Côte d’Ivoire veut dire prostitué ou plus vulgairement « salope ». Le rappeur glorifie donc la fille facile et réduit la fille qui se respecte à une personne inintéressante et peu séduisante. Aussi surréaliste qu’il n’y paraisse, cette musique a fait des centaines de millions d’écoutes.

On peut continuer avec Sifax et Sofiane dans le titre « Mecs de cité » dont le refrain est le suivant :  « Eh ouai c’est nous les mecs de cité et on va leur tirer dessus, j’te fais pas la bise je suis armé, j’m’en bats les couilles de ton vécu ». Le rappeur réduit les habitants des quartiers sensibles à des potentiels criminels qui sont armés et qui n’hésitent pas à tirer. Cette phrase est symptomatique de la glorification de la violence et de sa banalisation. Ce refrain est chanté par Sifax, comme si c’était festif et sympathique soit relativement banal.

A l’opposé de ce type de discours, un groupe de deux frères a su tirer son épingle du jeu. Dans un climat de rap qui valorise l’agressivité et la haine en chantant avec un grand sourire, PNL qui ont grandi dans un quartier particulièrement sensible à vendre de la drogue ont pris un contre-pied intéressant en ayant une approche plus nuancée, plus complexe et plus honnête. Là où beaucoup de rappeurs affichent leurs armes avec fierté et se vantent de vendre de la drogue, Ademo dit dans le titre « oh lala » « C’est sale quand je vends la came, mais bon croyez pas que je kiff, des remords quand je suis à table », dans un ton dramatique. Les amateurs de rap y ont retrouvé une bouffée d’air frais. Enfin, des rappeurs investis dans le trafic n’en font pas la promotion, ils en sont désolés, ils sont tout le contraire de Piaf.
De plus, ils n’ont jamais montré de femmes dénudées dans leur clip, ils préfèrent montrer le monde et sa nature ou bien leur quartier des Tarterêts. Encore une fois, ils n’entrent pas dans le cliché de montrer leur puissance financière par le fait d’acquérir des femmes faciles, tout ce qu’ils veulent c’est faire plaisir à leur famille et aider leur quartier. Ce sont des valeurs que l’on retrouve complètement dans les débuts du Hip-hop français. Pour finir, on voit NOS dans le morceau « Dans ta rue » qui passe devant une Ferrari et malgré un succès musical et donc financier, il ne la regarde même pas, il va s’assoir devant son hall et fumer son joint. Encore une fois, c’est l’exposition de valeurs simples, sans artifices, sans américanisation.

NOS-dans-ta-rue

De nos jours, on voit des rappeurs émergents qui ont un avenir radieux devant eux comme Benjamin Epps qui allie l’égo-trip du rap moderne avec la technique et la culture du phrasé à l’ancienne. Il est un pur mélange qui saura ravir divers publics avec un discours violent mais fin, prétentieux mais ambitieux, un égo-trip saupoudré d’humour qui fait mouche. Lesram, le rappeur Parisien lui aussi allie rap moderne et technique à l’ancienne, il nous offre un rap entre deux époques.

Quoi qu’il en soit, le rap est un fait de société de par son succès vers les jeunes, c’est une musique qui accompagne quotidiennement les français de plus en plus tôt et qui ne peut qu’avoir une influence sur notre construction personnelle. Les valeurs, le discours véhiculé n’est pas toujours fin et comme dit Jean Jass, il faut prendre du recul sur cette musique « j’écoute trop de rap ça m’abruti ».

Enfin, le rap a toujours connu des artistes plus ou moins violents dans leurs discours et ça ne changera pas. Cependant, la popularité d’un certain rap a émergé depuis les années 2000-2005, il exerce une influence que l’on peut considérer comme malsaine à l’égard des femmes, qui divise plutôt qu’il ne réunit. L’agressivité exercée n’est plus contée pour élever sa musique au rang d’art, mais comme objet commercial sans âme particulière dans un nombre de cas innombrables. Il reste une partie considérable d’artiste qui ne s’inscrit pas dans cette optique et qui continue de faire vivre une branche du rap qui ne mourra jamais.
Le rap a changé, l’inversion des valeurs est réelle mais n’est pas totale.

Dimitri Mazin

Enjoy & Stay tuned

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