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Cover DESDB

Discussion avec Lovarran & 528ron pour la sortie de DESDB

Pour la sortie de leur EP commun, “DESDB”, ce vendredi 18 mars, Start It a eu la chance de rencontrer Lovarran et 528ron. Une heure de discussion très enrichissante, pour en savoir plus sur leur parcours et leur vision de la musique actuelle, que nous avons tâché de vous retranscrire.

I. Leur parcours

Salut, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement ?

Lovarran : Mon nom d’artiste, c’est Lovarran qui est un acronyme de mon nom de famille, j’ai 23 ans et je suis né à Clermont-Ferrand. Je fais de la musique depuis bien longtemps, je viens d’une famille de musiciens donc je suis dedans depuis que je suis petit. Depuis 2016, je commence à enregistrer des projets solo, à vraiment taffer de mon côté. Donc là ça fait 5 ans que j’ai charbonné à fond pour arriver à une certaine maturité personnelle et être entouré des bonnes personnes, ingé son, beatmaker, réalisateurs, etc. Pour l’instant, je suis full indépendant. Tous mes clips, c’est File CNN à la réalisation, c’est deux potes à moi de Clermont, les mix et mastering c’est un de mes meilleurs potes de Clermont, les beatmakers la plupart du temps, c’est soit 528, soit Odd Kyla et c’est mon p’tit frère donc c’est vraiment une équipe, on est tous ensemble.

528ron : Je fais des prods depuis 2014-2015, j’ai 26 ans, j’ai commencé à 19 ans, j’habite à Bordeaux et je fais partie du collectif La Ligne Bleue Records. C’est un label et un collectif qui est globalement basé à Paris, mais il y a aussi des personnes d’Orléans et d’autres qui ne sont pas en France. Je suis rentré là-bas en 2018, à la création du label parce que j’avais travaillé notamment avec Rad Cartier. Il était dans l’entourage proche de la Ligne Bleue Records, il avait beaucoup d’amis qui faisaient partie du collectif de base. Quand ils ont créé le label, ils m’ont proposé de l’intégrer et j’ai dit oui. Depuis je continue de travailler.

Qu’est ce que ça change dans ton travail de faire partie d’un label ? Est-ce plus facile pour les placements ?

528ron : En fait, c’est cool parce que les artistes qui sont dans la Ligne Bleue ce sont des personnes avec qui je travaille régulièrement depuis longtemps, on a une proximité qui est vraiment pratique pour travailler. On peut s’organiser plus facilement et il y a des managers comme Arnaud 45 qui peuvent gérer les trucs pour nous et personnellement ça m’apporte un cadre. Pour les placements, je me débrouille tout seul pour l’instant et c’est un souhait de ma part, ce n’est pas la Ligne Bleue qui a fait que c’est comme ça. Finalement, ça nous apporte un peu de management, un peu de stratégie sur ce qu’on devrait faire, etc. En plus, il y a l’énergie du collectif qui est bien, ce qui fait que si quelqu’un sort un truc on va forcément avoir envie de bosser à nouveau et de faire d’autres choses.

Lovarran : Brièvement, moi je ne suis pas du tout dans la Ligne Bleue, mais j’ai eu l’occasion de rencontrer déjà pas mal de zins de l’équipe et c’est beaucoup plus humain que business. Moi, ça m’a rassuré dans un premier temps parce que c’est toujours un peu le truc quand tu es confronté à des structures qui sont un peu établies, et tu te rends compte que c’est que des gars passionnés qui sont grave cool et comme disait ron ça pose un cadre de ouf. Là pour DESDB, 45 il gère de fou, rien que pour le relai média, les plannings de sortie, etc. Ça met vraiment un cadre qui permet après de juste avoir à te concentrer sur ce que tu as à faire en tant que musicien et ça, c’est le feu.

Comment vous vous êtes connecté au début, comment ça c’est fait ?

Lovarran : En vrai, c’est Insta. Je sais plus qui a contacté l’autre en premier, mais je pense qu’on s’est suivi mutuellement parce que j’ai dû voir qu’il était suivi par des artistes, moi par des beatmakers donc après on a commencé à discuter. Au début, on s’envoyait énormément de réfs, de samples, on ne faisait que parler de son. Et le premier truc carré où on s’est dit viens on fait un son, c’est la prod de Laputa. Et là, je me suis dit Ok, il y a une petite alchimie qui passe et qu’il ne faut pas négliger. Là, ça fait bien 1 an et demi qu’on bosse ensemble.

528ron : On s’est capté quand même assez rapidement, mais le contact à la base, c’est via Insta.

Sur les sons que tu as sortis, il y a une majorité de sons que vous avez fait ensemble. Est-ce que cette connexion t’a aidé à sortir plus de sons ? Est-ce que tu t’es dit avec ce producteur je passe un step ?

528Lov (en cœur) : oui, carrément !

Lovarran : Je pense que c’est ça qui nous a plu tous les deux. À la base, quand on parlait, on captait qu’on était dans la même vibe, la même approche. Ça nous a décomplexé tous les deux je pense parce que moi je suis un artiste francophone, mais comme ron je suis fan de rap us et il y a plein de choses que je voulais faire, mais je n’avais pas forcément les beatmakers adéquat. Et lui à l’inverse ça lui permettait d’avoir une connexion française qui a les mêmes références.

528ron : Ouais, c’est ça. Moi, ça m’a motivé à refaire des beats rapidement. Avant, je me prenais la tête, mais maintenant j’essaie de m’en tenir à la DA de la première version que j’ai. C’est le côté spontané de la musique américaine qui est cool. Le fait qu’on puisse sortir des morceaux rapidement aussi ça m’a motivé à faire plus de sons. Quand tu travailles avec des artistes un peu établis, tout prend beaucoup de temps parce qu’il faut tout faire hyper bien et je trouve que ça devient ennuyeux d’attendre 1 an avant qu’un son sorte. Ce qui fait qu’on profite jamais vraiment, on est tout le temps en train de se projeter vers le futur parce que tu es décalé par rapport à ce que tu fais et ce qui sort. C’est ça qui est cool avec des artistes comme Lov et plein d’autres, c’est qu’on peut travailler rapidement et faire des trucs cool sans trop se prendre la tête.

Lovarran : Moi, c’est exactement la même chose, avant 528 je bossais avec 2-3 beatmakers que je connaissais un peu, mais principalement avec mon petit frère Odd Kyla. Il a tellement un niveau de ouf que moi je me mettais une pression énorme musicalement par rapport à ce qu’on faisait. Donc là, on a un premier album ensemble que j’ai commencé à écrire en 2018 et finis début 2020, les prods ont entre 4 et 2 ans et quand je le réécoute maintenant je me dis il est toujours aussi chaud, mais je me suis tellement mis la pression pour que le produit fini soit ouf que finalement on ne sortait rien. Ce qui fait que quand j’ai rencontré 528 ça m’a libéré d’un poids. Je me suis dit : ”on peut faire des trucs rapidement et c’est toujours aussi bien”. Et ça, c’est le déclic parce que même avec mon reuf on travaille comme ça maintenant. Mon premier album doit sortir en fin d’année normalement et il aura presque 4 ans.

Pourquoi sortir l’album en fin d‘année s’il est déjà prêt ? Tu veux habitué le public à ton style avant de le sortir ? C’était pas forcément le bon moment ?

Lovarran : L’album est hyper personnel au niveau des textes, c’est assez introspectif. Je me suis dit : “attends, si tu arrives avec un projet qui musicalement est super audacieux et qui en plus est hyper personnel alors que les gens ne te connaissent pas, ça aura pas la portée que ça peut avoir”. Vaut mieux attendre de me faire un peu connaître, qu’il y ait des gens qui accrochent à mon univers, pour avoir envie d’en savoir plus pour que je sorte une matière comme ça. Je pense que ça aurait été un peu vain de le sortir en premier lieu. Je le garde sous le coude et si ça me plaît toujours au moment où je serais prêt pour le sortir, je le sortirais sinon je ferai autre chose.

II. Le rap actuellement

Qu’est ce qui vous fait kiffer dans ce mouvement plug et dmv ?

528ron : Je trouve ça super cool que ça se soit exporté en France. Ça change complètement la façon de faire du rap francais. On était dans une période ou on était beaucoup dans le traitement de la voix, l’autotune, etc. Là je trouve que ça redevient du rap pour moi et ça change complètement la façon de poser, d’aborder les prods donc pour moi, c’est la meilleure chose qui soit arrivée au rap sur les 10 dernières années en France.

En 2015-2016, quand Playboi Carti n’était pas encore une tête d’affiche, je kiffais déjà cette scène-là avec Mexikodro, Stupid cool, toutes les personnes de Awful records, le label d’Atlanta avec Father, etc. C’était trop trop cool et super frais. Après ça, c’est démocratisé un peu plus à cette période-là, mais ce n’est pas resté très longtemps parce que les Lil Pump on fait des gros hits et ça a encore une fois changé la façon d’appréhender la musique. C’est un peu disparu et 2019-2020 j’ai recommencé à écouter des trucs des États-Unis un peu dans cette mouvance-là et c’est trop bien. Je parle de la plug là. 

Pour la DMV c’est un peu différent parce que ça vient d’une région déjà, après ça s’est démocratisé partout aux États-Unis puis à l’étranger. En Allemagne, en France, y a des mecs qui posent en DMV et l’avantage, c’est que tu peux faire ça sur tout, vraiment tout. Et ça demande quand même une certaine technicité et une gymnastique pour jouer sur les mots et les cadences, je trouve.

Lovarran : Pour ma part, je suis passé par “l’école du rap”, ça fait 7 ans que je rappe. Je me suis buté, j’ai passé des heures à m’entraîner tous les jours ce qui fait que le dmv est un peu un réapprentissage. Un mec qui ne sait pas rapper de base ne sera pas meilleur en dmv, il ne faut pas voir ça comme de la facilité. Ce qui fait qu’on a accroché aussi, c’est qu’avec 528 on est des gros diggers sur soundcloud depuis 2015. Comme ron disait, le mainstream des années 2017 ça a vachement temporisé l’émergence internationale du mouvement plug, qui est en train en ce moment de bien péter. Le fait qu’il y ait des connexions franco-américaines aussi maintenant je pense à Jwles ou Sérane, même si je n’écoute pas tout ce qui sort en France, ça fait hyper plaisir pour les artistes en soi. Ça veut dire que les Américains ils sont open, il y en a qui viennent demander des feats ou des prods à des Français et ça, c’est du jamais vu.

Pour la part de l’écriture, ce que je trouve trop cool avec le fait de poser un peu dmv, c’est que tu peux, grâce à la langue française, écrire des trucs de ouf.

528ron : C’est encore mieux en français qu’en anglais

Lovarran : Quand j’enregistre, je fais phase par phase ou une phase sur deux, en fait j’écris même plus la plupart du temps. Le gars, il finit la prod, je vais dans le studio et j’enregistre une phase puis une autre phase et ainsi de suite. Ce qui fait que tu pars d’un fil rouge, d’une phrase, et tu fais que parler tout le temps. Comme à la fin du son t’as fait que te répondre, tu as vraiment une impression un peu lancinante alors qu’en fait tu peux dire plein de choses. Et ça, c’est hyper intéressant.

La ou ma frustration vis-à-vis de la plug et de la dmv en France, c’est que c’est trop un bon moyen pour raconter des choses et ce n’est pas assez exploité par bcp artistes de cette mouvance qui préfèrent copier les Américains. Moi, j’essaie vraiment de reprendre leur façon de faire, mais de raconter mes trucs, ramener de la chanson française dans le rap, mais avec une forme actuelle.

C’est qui les artistes que vous écoutez du coup ?

528ron : Je trouve que Jwles fait ça super bien en France. Il y avait aussi Jeune Loup qui était carrément le premier à avoir eu l’idée de faire ça en français. Après, il y a toujours des mecs qui créent et d’autres qui viennent ensuite apporter leur pâte au mouvement. 

Aujourd’hui, pour l’instant, c’est Lov et Jwles qui le font le mieux en France selon moi. 

Pour l’instant y a trop de franglais dans les morceaux, c’est hyper facile, mais ce n’est pas super original parce que tu reprends déjà l’esthétique musicale, l’esthétique visuel, la façon de styliser les choses, les sujets dont tu parles. Alors qu’en français, il y a tellement de mots, de syllabes, de sonorités différentes que par rapport à l’anglais, c’est beaucoup plus riche.

Lovarran : Je suis totalement d’accord avec ce que dit ron, c’est pour ça que quand j’fais des morceaux un peu plus mélodieux, au lieu de faire des lines françaises avec des rimes anglaises, je fais juste des morceaux en anglais. Après je ne dis pas que tout le monde devrait faire ça, moi j’ai eu la chance d’avoir appris à parler anglais assez jeune et donc j’ai pu travailler ça, mais moi je me mets beaucoup dans cette optique-là. Les morceaux comme ‘Laputa’, ça sera beaucoup plus expérimental et chanté. Je me sers de la langue anglaise comme quelque chose de plus maléable. C’est vraiment une approche complètement différente d’écriture en tout cas malgré que ce soit la même personne qui raconte plus ou moins la même chose.

Au niveau des retours, est-ce que t’observe des différences selon si c’est en anglais ou en français ? 

Lovarran : Oui, déjà ‘Laputa‘ j’ai été assez surpris parce que le clip a très bien fonctionné et c’était la première fois qu’un de mes singles tournait autant. Je m’y attendais pas, pour moi, c’était un son expérimental que j’avais fait dans ma chambre. Je ne savais pas comment le public allait le prendre, et finalement ils ont senti qu’on était des mecs qui voulaient juste se faire plaisir et c’est ce qui fait la différence. J’essaye juste d’être intègre par rapport à moi-même et dans ce que je présente. Le public ressent cette spontanéité dont ron parlait au début. Que ça soit en anglais ou en français, c’est ce qui ressort le plus. Et ce qui m’a réellement fait plaisir depuis quelques mois, c’est que j’ai réussi à toucher différents publics, autant des amateurs de plug que des amateurs d’Alpha Wann ou du rap des années 90. Pour moi AVC c’est la jonction parfaite entre le fond et la forme, j’ai essayé de redonner les lettres de noblesse à la langue française tout en gardant une forme décomplexée. 

528ron : C’est exactement ça. Maintenant un artiste quand on voit que c’est ce qu’il aime faire et qu’en plus de ça il a une authenticité et un fond normalement ça devrait fonctionner. On a toujours globalement eu les mêmes discours dans le rap et maintenant ça fait plaisir de voir la même musique avec un message différent. C’est pour ça qu’il faut qu’il y ait plus d’artistes qui essayent d’être authentique dans ce qu’ils font. 

Pour finir sur le sujet, est-ce que tu vas continuer à faire du dmv maintenant que tu l’as adopté ou pas ?

Lovarran : Comme je disais tout à l’heure, je navigue beaucoup entre l’anglais et le français et au niveau des flows aussi.  L’EP qui sortira avec mon petit frère il n’aura pas du tout la même couleur.  Chaque morceau sera un hommage à un artiste rock qui m’a marqué quand j’étais plus jeune. Des élastiques sur des billets, il est plus brut, il y a un lead, une voix, c’est clair, c’est simple, ça va droit au but. Autant pour cet EP on a davantage travaillé sur les arrangements, sur les doublages de voix, il y a plus de parties chantées. Finalement, c’est un projet qui sera davantage tourné live avec des inspirations rock. 

III. Leur conception de la musique

 Les projets courts ça vous semble plus simple et intéressant pour apporter une vraie ambiance au projet ? 

528ron : Les projets courts, c’est le futur. Si ce n’est pas un album ou une mixtape sérieuse, le mieux c’est que ce soient des projets courts. Ça permet aux artistes d’avoir des minis univers avec peu de sons et de pouvoir créer toute une esthétique autour d’eux. Ça prend beaucoup moins de temps à faire sur trois sons que sur douze : si tu as 3 sons sur lesquels tu es concentré, tu peux faire le projet en deux mois par exemple et le sortir directement après. Comme je fais des prods, si je fais un projet entier avec un artiste, je n’ai pas envie que ça lasse les gens. Pour moi un EP ça ne doit pas dépasser les 5-6 sons. 

Les formats courts, c’est une bonne façon d’avoir de l’actualité et je pense que ça va se démocratiser de plus en plus. 

Lovarran : Par exemple, celui qui le fait le mieux en France, c’est Jwles et ça paye. Avec la manière qu’on a d’aborder la musique qui est assez directe, effectivement amener un seul artiste sur un projet plus long, c’est risqué. D’autant plus que la façon dont on a de bosser chacun de notre côté fait que c’est encore plus risqué d’arriver avec un seul artiste sur un projet long, à part si tu t’isoles pendant un mois avec l’artiste et que vous faites que bosser. C’est de cette manière-là qu’on a travaillé avec mon petit frère parce que c’était faisable pour nous. 

Pour vous si ce n’est pas la longueur qui définit si c’est un album ou une mixtape, comment vous faites la différence ?

Lovarran : Selon moi une mixtape c’est une compilation, tu peux toujours lui donner une couleur, mais un album, tu vas vraiment le travailler de A à Z, il faut qu’il y ait un vrai fil conducteur. C’est plus la démarche de base que la longueur du projet qui font que c’est un album ou une mixtape.

528ron : L’album ça doit être une œuvre et la mixtape c’est un projet pour s’amuser. C’est 15 sons où tu te défoules et tu peux mettre tout ce que tu veux dedans. Je trouve que les mixtape maintenant, c’est plus des playlists depuis que Drake a sorti More Life.

528, est ce que pour toi DESDB c’est le commencement d’une série d’EP en collaboration avec d’autres rappeurs ?

528ron : Je ne sais pas encore si ça sera ancré sous forme de série, mais je compte sortir plusieurs projets avec différents artistes que j’aime bien. Cette année je veux juste être le plus actif possible, pas forcément sortir uniquement des projets où je suis le seul beatmaker dessus, ça se fera évidemment parce que c’était déjà prévu comme ça. Mais je veux aussi essayer de placer des trucs cools.

Enjoy & Stay tuned

Charline & Eugène

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