Start It

macrondéchiré

Le Rap et la Politique (partie 2)

Après avoir vu l’évolution de la relation entre Rap et Politique, il est à présent nécessaire de présenter des exemples d’affaires, plus ou moins connu, qui ont mêlé ces deux notions. 

III. Les rappeurs face aux politiques

Commençons en parlant de 3 polémiques concernant des morceaux de rap qui ont fait beaucoup de bruit dans la sphère médiatique ces dernières années. 

Kanye West et Donald Trump à la Maison Blanche

A. L’affaire Youssoupha

En 2020, le rappeur avait été désigné pour faire l’hymne des Bleus à l’Euro. Logique, lorsque l’on regarde comment Youssoupha a traversé les époques en maniant la langue française. Cependant, plusieurs politiques de droite l’ont attaqué sur les paroles d’une ancienne chanson, l’accusant de ne pas représenter les Français. Les paroles en question sont issues du morceau “À force de le dire“, sorti en 2009, dans lequel il dit « Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Éric Zemmour ». En juin 2012, la justice a tranché : les paroles du rappeur « n’excédaient pas les limites admissibles en matière de liberté d’expression artistique ».

Youssoupha

L’artiste aux multiples certifications est impuissant face à une telle polémique et se voit donc annuler l’opportunité de faire l’hymne de l’Euro. Il est intéressant d’observer que les politiques n’hésitent pas à utiliser le rap pour l’instrumentaliser et lui faire dire ce qu’il ne dit pas, alors même qu’un jugement a été rendu. En l’occurrence ici, une incitation à la haine envers quelqu’un, qui en a lui-même été jugé coupable à d’autres occasions.

B. L’affaire Black M

Affiche politique visant à annuler le concert de Black M à Verdun

En 2016, alors que Black M devait se produire à Verdun pour les commémorations officielles du centenaire de la bataille de Verdun, en présence du président Hollande et de la Chancelière Merkel, l’extrême droite crée de toute pièce une polémique en demandant l’annulation du concert du rappeur. La raison : une légère injure envers la France dans un de ses textes 5 ans auparavant. Bref, même si le choix du rappeur avait été proposé par l’État, les pressions de l’extrême droite ont eu raison de cette affaire puisque le concert a été annulé. Cela montre, encore une fois, la puissance d’un courant politique qui peut arriver à ses fins en s’emparant de la scène médiatique sur des faits arrangés “à leur sauce”.

C. L’affaire Freeze Corleone

Suite à la sortie de son album LMF, Freeze Corleone a, lui aussi, été pris dans une polémique. Fidèle à sa stratégie de communication, on ne l’entendra jamais s’exprimer sur le sujet. Il laisse les politiques parler tous seuls. Stratégie payante puisque son album a connu une grosse hype à sa sortie et a fait disque d’or en trois semaines. Ce que les politiques reprochent à Freeze, ce sont ses propos provocants qu’ils jugent racistes, négationniste, antisémite. La grosse erreur dans ce cas précis, c’est que les politiques ne cherchent pas à comprendre le sens que l’auteur cache derrière ses punchlines. Ils préfèrent se concentrer sur une vidéo de la Licra (ndlr. Ligue Internationale contre le racisme et l’antisémitisme) regroupant uniquement les phrases chocs et les analyser comme si toutes étaient issues d’un même son.

Débat autour de la polémique Freeze Corleone à l’Assemblée Nationale

La justice ne l’a pas jugé coupable et les seules sanctions que le rappeur a dû essuyer sont celle de la FNAC qui a annulé la distribution de l’album dans leur magasin et celle des plateformes de streaming qui ont censuré certains de ses anciens sons. Résultat : des politiques qui revendiquent des accusations que la justice a déjà jugées et une polémique qui profitent au rappeur, donnant du crédit à son image conspirationniste.

IV. Les politiques face au rap

Après avoir décrit la haine, l’incompréhension, le mépris qu’il peut y avoir entre les rappeurs les politiques, attardons-nous sur les bons côtés de cette relation. En effet, il existe des politiques qui ont un lien sincère avec le rap.

A. Bernard Tapie

Connu par la plupart pour avoir été président de l’OM à la fin des années 90, Bernard Tapie a également eu une carrière en politique. D’abord Ministre de la Ville, puis député français et européen et enfin Conseiller général. Malgré toutes ses activités, Bernard Tapie a quand même trouvé le temps d’enregistré un morceau et de faire un clip avec la vedette de l’époque : Doc Gynéco. Le morceau, sorti en 1998, est devenu classique grâce à cette connexion improbable, mais a causé beaucoup de torts à Doc Gynéco à l’époque. Il avouera quelques années plus tard regretter ce morceau, disant que c’était une bêtise de se mélanger avec la politique.

Doc Gynéco feat. Bernard Tapie – “C’est beau la vie

B. Olivier Besancenot

Olivier Besancenot fait partie de ces citoyens qui, malgré un travail “normal”, ont le besoin de s’investir en politique. Ainsi, en étant facteur, Olivier Besancenot s’est présenté deux fois aux élections présidentielles (2002 et 2007) en tant que candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Ce qui nous intéresse ici, c’est son attachement au rap. En effet, en 2011, il est présent sur l’album Egomaniac de Joeystarr pour interpréter l’interlude “Appel à la Résistance”. Une minute où il décrit, en parlant, son opinion sur la société et la/les politique(s). Le premier morceau dans lequel il rappe vraiment verra le jour quelques années plus tard. En septembre 2018, peu avant le début du mouvement des Gilets Jaunes, l’ex-candidat prend le micro sur son compte Instagram pour critiquer la politique d’Emmanuel Macron.

Lorsqu’il publie cette vidéo, Besancenot n’en est pas à son coup d’essai. En effet, en 2013, il avait été invité à Planète Rap pour la sortie de l’album Jamais 203 de Despo Rutti, Guizmo et Mokless. Le fait qu’il ait des liens avec des rappeurs de la sorte nous renseignent sur la compréhension et l’amour qu’il porte au mouvement Hip-Hop depuis ses débuts. Un exemple qui traduit le fait que rap et politique sont loin d’être incompatible, à condition d’être sincère.

C. François Baroin

Comprendre le rap, c’est aussi comprendre son temps” – François Baroin

Ancien ministre du Budget, le politique membre du parti Les Républicains semble être l’un des rares dans ce milieu à avouer aimer le rap, s’y intéresser et en écouter. Difficile de croire un politicien sur parole. C’est pourquoi en 2009, alors qu’il est invité sur Europe 1, il encense le groupe IAM qui est selon lui “la définition du rap”, avant de rapper les paroles de “l’Empire du côté obscur“, qu’il connait visiblement par cœur.

Passage de François Baroin sur Europe 1

Pour conclure, on peut dire que la relation entre rap et politique a beaucoup évolué dans la forme, mais pas forcément beaucoup dans le fond. Elle est passée d’un affront clair et net dans les années 90 à un moyen pour certains politiques d’en tirer profit : soit en soutenant cette culture ou, a contrario, en la combattant. Dans la plupart des cas, il est clair que la culture hip-hop en France n’est que très peu comprise par ces personnes haut placées, et de l’autre côté les rappeurs font de moins en moins d’efforts pour revendiquer leurs opinions par peur de ternir leur image.

Enjoy & Stay tuned.

Eugène Hayaud

partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Vous aimerez aussi
Le grand retour de Kendrick Lamar
Green Montana de retour avec Nostalgia +
Lessss : échange avec l’étoile montante de la nouvelle scène techno/rave