Start It

unnamed

Les Diss Tracks

Dans l’univers du rap, et plus largement l’histoire du hip-hop, les diss tracks ont toujours été présentes et sont une manière pour les artistes de s’affirmer, de défendre leur territoire artistique, leur honneur, régler leurs différends ou tout simplement de créer du buzz, et tout cela de manière publique.

Aujourd’hui, Start It revient sur certaines d’entre elles !

Par définition, une diss track, aussi appelé diss song, consiste à s’attaquer à un ou plusieurs artistes, de manière verbale. Ces morceaux, où les artistes expriment ouvertement leur mécontentement envers leurs rivaux, sont souvent le théâtre d’attaques verbales acharnées. Elles animent la scène hip-hop et permettent aux rappeurs de révéler leur faculté artistique. Plongeons ainsi dans l’univers provocateur des diss tracks, un univers dans lequel chaque mot est une arme.

Eazy-E – Real Muthaphuckkin G’, 1993  :

Eazy-E, rappeur et fondateur du groupe N.W.A., sort en 1993 son album It’s On (Dr. Dre) : 187um Killa, projet contenant le morceau Real Muthaphuckkin G’s. Ce morceau est une diss song destinée à Dr. Dre. Cette track est en fait une réponse à Fuck Wit Dre Day (and Everybody’s Celebratin’) de Dr. Dre. Eazy-E décide de lui répondre en mentionnant le fait que Dre n’est pas le “gangsta” qu’il pense être et qu’il gagne encore de l’argent sur la vente de ses produits (« But Dre Day only meant Eazy’s payday », traduit : « mais Dre Day signifiait seulement le jour de paie d’Eazy »). En plus de s’en prendre au producteur, le rappeur s’attaque à Suge Knight, détenteur du label Death Row Records où était signé Dr. Dre à cette époque, en détaillant comment ce dernier dirigeait son label de manière abusive (“And at Death Row, I hear you’re getting treated like boot camp, Gotta follow your sergeant’s directions”, traduit : ”Et à Death Row, j’ai entendu dire que vous étiez traités comme dans un camp d’entraînement, que vous deviez suivre les instructions de votre sergent”). Au passage, il n’hésite pas s’attaquer à Snoop Dogg, qui a cette époque est le petit protégé de Dre, (“You and your Doggy Dogg, think that y’all hoggin’ shit, Both of you bitches, can come and suck my Doggy dick”). Cette diss track illustre bien les tensions qu’il y avait dans le groupe N.W.A., qui ont menées à des divisions.

Tupac – Hit ‘Em Up, 1996 :

A cette époque, les relations entre les artistes de la côte Est et de la côte Ouest étaient très tendues. Tupac représentait la côte Ouest et Biggie Smalls la côte Est. En 1994, alors que Tupac était de passage à New-York, il sera victime d’une fusillade. Par la suite, Notorious Big sortira “Who Shot Ya” et Tupac l’interprète comme une diss track, même si ce n’est pas explicite, et le prendra comme une attaque à laquelle il réagira de manière agressive car ce dernier était persuadé que Notorious Big et P. Diddy étaient derrière cette fusillade. C’est dans ce contexte que Tupac crée le morceau Hit ‘Em Up. Dans cette diss, le rappeur accuse ouvertement P. Diddy et son protégé de trahisons et d’être de faux amis. Cela ne s’arrête pas là car Tupac n’hésite à attaquer la femme de son rival, Faith Evans, en disant explicitement qu’il a déjà eu des relations intimes avec cette dernière (“You claim to be a player but I fucked your wife”), et s’attaque aussi aux membres de la Junior Mafia (“Biggie Smalls and Junior M.A.F.I.A. some mark-ass bitches”/ “Lil’ Kim, don’t fuck around with real G’s”). Le morceau sera accompagné d’un clip qui est clairement une parodie des membres du label Bad Boys Records, il ne laisse aucune miette, tout le monde est attaqué. La sortie de cette diss ne fera qu’augmenter les tensions entre les deux Coasts. Les paroles incendiaires de Tupac marquent une époque charnière dans l’histoire du hip-hop. Elles atteindront leur point culminant à la mort des deux rappeurs en 1996 pour Tupac et 1997 pour The Notorious Big.

Booba – A.C. Milan, 2012 :

Le morceau  A.C. Milan est emblématique dans le hip-hop français dans la façon dont Booba réussit à mettre en lumière son succès en tant que rappeur tout en lançant des piques à ses adversaires (“R.O.H.2 Fesses, Hosni Couilles-de-bois, Zoulette Empire”). On a d’un côté un Booba qui se vante de sa puissance, en se comparant à l’équipe de football de l’A.C. Milan. Il nous fait clairement comprendre que le “Duc” est indétrônable et intouchable. Mais c’est dans la suite du morceau que le rappeur attaque ses rivaux du rap et notamment La Fouine. En effet, Booba accuse ce dernier d’actes répréhensibles (“C’est Laouni Mouhid, né le 25 du 12 en 81 à Trappes, Ouais, ouais, il est super connu, et une menace avec arme blanche, Dégradation de bien privé, encore un recel, une extorsion de fonds, Agression sexuelle sur mineure, outrage à…”). Clairement, Booba n’hésite pas à décrédibiliser son rival. A la fin du morceau, nous pouvons entendre un message vocal décrivant de quoi est accusé La Fouine.

Ce morceau, par son ton provocateur et ses attaques directes, reste un exemple frappant de la façon dont Booba utilise la musique pour imposer sa domination dans le paysage du hip-hop français.

PushaT – The Story of Adidon, 2018  :

L’origine du conflit remonte à une collaboration entre le groupe Clipse (dont Pusha T faisait partie) et Pharrell Williams avec la marque Bape, impliquant Lil Wayne et des soucis de paiement. Les hostilités se sont intensifiées lorsque Lil Wayne a été accusé de s’inspirer du style de Clipse, conduisant à des échanges de piques entre les deux camps.

L’entrée de Drake dans le conflit en 2011, à travers des allusions dans ses morceaux, a ajouté une nouvelle dimension à ce dernier. Le désaccord a atteint son apogée en 2012 avec les diss tracks Exodus 23:1 de Pusha T et la réponse de Drake dans Tuscan Leather. Au fil des années, les tensions se sont maintenues, mettant en lumière des différends personnels entre les artistes. Le dernier chapitre de cette saga a été marqué par la sortie du morceau Infrared de Pusha T sur l’album DAYTONA, réveillant la querelle après une période de silence. Drake a rapidement répondu avec Duppy Freestyle, affirmant sa supériorité. Cependant, Pusha T a surpris le monde du rap en répondant de manière cinglante avec The Story Of Adidon, dévoilant des informations personnelles sur Drake, allant de l’absence de son père à la sclérose en plaques de son producteur, en passant par le fait qu’il avait un fils caché qu’il avait décidé de renier.

Eminem – The Warning, 2009  :

Eminem et Mariah Carey n’ont pas toujours été en froid. La chanteuse avait déjà fait appel aux talents de composition du rappeur sur l’un de ses albums. Cependant, leur relation va se détériorer après une relation qu’ils ont entretenu durant plusieurs mois, ce qui est est en tout cas le propos du rappeur et qui a été démenti par Mariah Carey. En effet, selon elle, cette relation ne serait qu’un produit de l’imagination du rappeur.

Les artistes sortiront chacun de leur côté des morceaux comme Superman en 2001 pour Eminem et Shake It Off en 2005 pour Mariah, qui serait une réponse au morceau d’Eminem. Mais intéressons-nous à The Warning, morceau dans lequel il interpelle explicitement la chanteuse (n’hésite pas à citer son nom dans le morceau..) sur leur fameuse relation. Tout au long du morceau, il y expose de nombreux détails, insiste sur le fait qu’elle ne peut fuir la réalité car il détient des choses qui pourraient nuire à son image (“Call my bluff and I’ll release every fucking thing I got, Including the voicemails right before you flipped your top”, traduit : “Défie-moi et je dévoilerai tout ce que j’ai putain, Y compris les messages vocaux juste avant que tu perdes ton sang-froid”). Ils alimenteront pendant longtemps les tabloïds suite à la sortie de morceau.

Remy Ma – ShETHER, 2017 :

Le beef entre Remy Ma et Nicki Minaj a vu le jour suite à une diss implicite. Nicki Minaj était invitée en featuring avec Meek Mill sur le morceau Make Love et lâche un couplet dans lequel elle affirme être la reine du rap. Or, ce couplet va être mal reçu par Remy Ma car, avant son passage en prison, cette dernière était destinée à reprendre le flambeau de ses prédécesseures que sont Lil Kim et Foxy Brown. Nicki Minaj sort ensuite son album PinkPrint, qui fait référence à l’album BluePrint de Jay-Z, et Remy Ma sort son fameux shETHER, titre qui fait référence au beef entre Jay-Z et Nas. Le morceau dure 7 minutes et Remy Ma n’y va pas de main morte. Dans le morceau, la rappeuse passe en détail la vie de sa concurrente, notamment sa relation avec Meek Mill et ses chirurgies ratées. Elle pointe du doigt Nicki en disant qu’elle fait appel à des ghostwriters (“No, to be the Queen of Rap, you can’t have a ghostwriter”), ou bien qu’elle ne sait pas rapper (“And to be the Queen of Rap, you gotta actually rap”). Cette diss a été si violente qu’elle a laissé une marque indélébile dans l’histoire du rap féminin.

Enjoy and stay tuned.

AZM

partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Vous aimerez aussi
Vald, comment sortir de la prison du succès ?
L’histoire d’Aphex Twin
L’AFRO OU LES TRESSES À LA CIGALE, LE CONCERT DE LA CONSÉCRATION