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New wave Melanie Pain

Nouvelle vague : le rayon de soleil sur la new wave

Le 9 août 2004 est sortie une création dont personne n’aurait pu prédire l’impact : Nouvelle Vague, produit par Olivier Libaux et Marc Collin, deux musiciens français formant un groupe du même nom. Si vous pensiez que le style post-punk dit « new wave » n’a pas de lien avec la « bossa nova », ce n’est pas le cas pour nos deux musiciens.

Pour bien comprendre, la new wave est un style musical apparu dans les années 70-80, bercé par les scènes punk anglaises et américaines. On y retrouve une atmosphère assez froide et angoissante, abordant des sujets marqués par la solitude, la désillusion du monde et les revendications politiques. Les grandes figures en sont Joy Division, The Cure, Depeche Mode, The Clash ou encore Modern English, pour ne citer qu’eux.

À l’opposé, il y a la bossa nova qui nous chante la mélancolie brésilienne accompagnée de voix planantes et douces, sur fond d’accords harmonieux. Une musique esthétique qui tient en elle les souvenirs de vacances ; João Gilberto en est considéré comme le père fondateur. D’un côté, la tension musicale conservée par des rythmes frénétiques et des guitares saturées. De l’autre, la légèreté pure et douce avec des accords mielleux et des percussions souples. Mais alors, comment nos deux protagonistes se sont-ils dit qu’il était d’une riche idée de produire un album reprenant les tubes new wave façon bossa nova ? Nous vous emmenons découvrir comment le génie et le travail qui se cachent derrière Nouvelle Vague font que ce projet vaut plus qu’un détour. 

De la graine pousse le verger

Nous sommes avant 2003. Marc Collin et Olivier Libaux sont deux producteurs français déjà bien implantés au sein de la scène nationale. Ils se connaissent professionnellement, partageant leur milieu musical depuis un certain nombre d’années. Marc Collin est reconnu pour être un grand méticuleux. Son style se définit par une oscillation entre des mélanges de jazz électronique et de pop revisitée, tout en gardant un grand contrôle sur ses harmonies. Olivier Libaux est un guitariste acoustique avant tout. Baignant dans l’univers de l’indie-chanson et de la folk, il nous fait part dans ses créations d’une certaine délicatesse via un grand sens de la mélodie. Nous sommes d’accord : il y a tout ici pour partager de beaux accords, et c’est en 2003 qu’un appel va donner naissance à la première étincelle. Marc Collin sollicite Olivier Libaux pour lui faire part d’un projet : transformer la mythique chanson « Love Will Tear Us Apart » du groupe Joy Division en morceau bossa nova. Olivier accepte immédiatement, qualifiant l’idée de « totalement folle mais excitante ». Ne le sachant pas encore, les deux hommes venaient de donner naissance à l’ADN de Nouvelle Vague.

Nouvelle Vague – Love Will Tear Us Appart

Crash test

Nos musiciens se retrouvent donc en studio avec absolument aucune idée du rendu final et aucun objectif commercial. Ils enregistreront « Love Will Tear Us Apart », mais également « Just Can’t Get Enough » du groupe Depeche Mode et « Guns of Brixton » de The Clash. Des musiques qui s’inscrivent dans la même époque, mais qui ne se ressemblent pas du tout. À la fin, le résultat rendu est sans appel. Le contraste des deux genres musicaux met en lumière une sensibilité nouvelle. À cela s’ajoute une émotion par l’interprétation des chanteuses Eloisia et Camille, qui apportent une dimension très séduisante quand on connaît les originaux. Les dés sont jetés, l’alchimie est telle qu’il faut en faire un projet…

Une recette bien précise

Ils ont mis un point d’honneur à ce qu’aucune des chanteuses ne connaisse ou n’entende la musique originale.

Pour rester dans la magie du crash test en studio, Marc et Olivier vont faire un choix artistique fort, ce qui explique sûrement pourquoi cela fonctionne aussi bien. En premier lieu, le casting vocal est exclusivement féminin. En effet, le but est de détourner complètement les morceaux de leur direction artistique, alors que la new wave est représentée quasi exclusivement par des hommes. Secundo, et c’est le plus important : ils ont mis un point d’honneur à ce qu’aucune des chanteuses ne connaisse ou n’entende la musique originale. C’est ce qui fait vivre le contraste : on passe de chanteurs aux timbres de voix sombres et très expressifs à des interprétations sans complexes, fraîches et douces. Chaque artiste porte un univers différent par sa propre interprétation du morceau.

La direction artistique sur les huit mois de création de Nouvelle Vague est très simple : une instrumentation uniquement acoustique et des rythmes de bossa nova. Pour venir équilibrer tout cela, une basse doublée avec Nicolas Deutsch et des percussions légères par Mathieu Rabaté. Le tout est complété par quelques arrangements légers. Voici comment Marc Collin et Olivier Libaux ont mis à nu la new wave pour en dévoiler l’émotion qui y règne. Marc avait la vision du concept, c’est lui qui prenait en charge les arrangements et la texture musicale. Olivier, lui, s’adonnait à la direction du cœur acoustique et vocal. Ce projet si harmonieux montre que quand la musique est partagée, les perspectives sont d’autant plus nombreuses et que même les univers qui semblent les plus éloignés peuvent collaborer.

Une vague qui surfe

Le 9 août 2004, la simple expérimentation en studio se transforme en groupe et en un projet de 13 titres qui ont chacun subi un petit relooking. 46 minutes de pure douceur avec un niveau remarquable. Les statistiques sont elles aussi au rendez-vous : à sa sortie, l’album se classe 69e des ventes en France, passe 39 semaines consécutives dans le top 200 et cumule plus de 200 000 ventes à l’international. 22 ans après, c’est plus de 240 millions de streams et pas loin de 100 000 écoutes par jour, ce qui témoigne d’une certaine longévité pour un album de reprises acoustiques, sans stars, avec un nom français. Au-delà des chiffres, l’album est devenu une référence des reprises créatives, voire un élément déclencheur d’un concept artistique durable et reconnu. Marc et Olivier vont surfer sur leur propre vague en produisant de nouveaux albums de reprises, des tournées ainsi qu’une réédition sortie pour le 20e anniversaire. Aujourd’hui, le groupe continue de vivre en sortant des projets malgré le décès d’Olivier Libaux en 2021.

Pour conclure, cet album est une vraie invitation pour ceux qui aiment être transportés. Il faut saluer l’audace artistique qui fut très bien exécutée. Une mise à l’honneur du répertoire new wave par les deux producteurs, avec un projet très digeste et varié qui dévoile, avec une très belle sincérité, que la musique — peu importe son origine — reste synonyme de partage et d’émotion.

Si vous ne savez pas par où commencer

« This is Not a Love Song » – Mélanie Pain (Public Image Ltd) (https://www.youtube.com/watch?v=Az_GCJnXAI0)

« Making Plans for Nigel » – Camille (XTC) (https://www.youtube.com/watch?v=n-X3Wy-svIY)

« A Forest » – Marina Celeste (The Cure) (https://www.youtube.com/watch?v=iDKYr0nQoaQ)

Merci pour votre attention et à la prochaine !

theov.

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