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Damso : dans l’immensité du vice

L’homme et le sexe. Un sujet très complexe, qui depuis toujours conditionne les échanges interhumains et, plus récemment, interroge la psychanalyse,les sociologues et Damso. Celle-là, tu ne t’y attendais certainement pas…  Et pourtant, il y a bien des choses intrigantes dans ‘Ipséité’, l’album du Dems sorti fin avril 2017. Je ne te le présente pas car tu n’arrêtes pas d’entendre parler de lui depuis, et sa collaboration avec Kalash sur le titre ’Mwaka Moon’ ainsi que la sortie d’un banger sur sa page Facebook n’ont fait que remettre de l’huile sur le feu. Mais si tu connais Damso, tu es sans doute au courant qu’il a un certain problème avec la femme, et qu’elle et le sexe sont les sujets de prédilection de sa plume raffinée. C’est exactement ces deux derniers points que je souhaiterais développer aujourd’hui avec toi, sous l’œil de ce cher Œdipe.

 

 

Si tu avais déjà remarqué avec ‘Amnésie’ son besoin irrépressible de sexe et sa soif de reconnaissance dans le miroir de la femme, tu n’as pas dû être choqué par une des premières phrases de ‘A. Nwaar Is The New Black’ qui énonce gentiment ‘’D’amour et de sperme, j’ai repeint ses lèvres’’. Je sais ce que tu penses : tous les rappeurs (tous les hommes ?) aiment les gros culs et tiennent la femme pour un accessoire indispensable dans leur panoplie de gros durs virils. Ce n’est pas faux : le sexe masculin a follement besoin de la chair féminine pour exister (valable également dans l’autre sens, mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui). Mais voilà aussi ce qui fait toute la complexité des rapports intersexués. Tout au long de son labeur soigneusement détaillé, Damso montre avec brio la difficile et pourtant nécessaire cohabitation de l’homme et de la femme, sans laquelle aucun d’eux ne pourrait se réaliser dans cette mystique aventure qu’est la vie. Dans ‘Ipséité’, il déchire les femmes (au sens propre et figuré), mais on comprend causalement que ces créatures aux belles et maléfiques formes ont anéanti une partie de son âme. Tout au long de cet album, elles sont son leitmotiv. Paradoxalement, celui qui cherche à fuir le passé sans vouloir entrevoir un futur meilleur ne peut exister sans celle(s) qui le tue.

 

Macarena’, la piste la plus commercialisée de son album, offre une vision d’ensemble de ce qu’est une relation amoureuse pour Dems : un format ‘’plan cul avec sentiments si affinités’’, dont il serait libre de tromper son autre protagoniste, sans réciprocité envisageable.  Lors de son passage au Quotidien sur TMC le 5 octobre, Yann Barthès qualifiait Damso de rappeur « intello et sale ». Juste avant, il lui demandait « Vous êtes comment avec votre mère ? » ce à quoi il répondait « Très très doux »… « Et quand vous n’êtes pas avec votre mère ? » « Très très sombre ». Sombre comme avec Sabrina dans ‘Macarena, avec ”les plus moches qui sucent le mieux’’, comme celle qu’il te conseille de baiser c’est tout sinon elle fera des manies’’. Le respect semble être une composante oubliée dans le rapport qu’il entretient à la femme, pourtant il n’en va pas de même avec sa mère. Mais le paradoxe subsiste : pourquoi a-t-il autant besoin d’elle pour panser ses plaies, d’autant plus que c’est elle qui les ouvre ? Dans ‘Δ.Dieu ne ment jamais’, ce n’est pas une coïncidence si Damso choisi de faire cohabiter à quelques rimes près sa mère qui lui a donné la vie et la femme, objet utile à la reproduction. En effet, il chante ‘’Personne ne t’aimera comme moi m’a dit maman’’ puis peu après, énonce que la seule issue pour oublier la méchanceté de ce monde est ‘’le fessier bien roulé’’ du diable que représente la femme. Les métaphores ne manquent pas dans cet opus, et sont là comme pour nous rappeler qu’il cherche lui aussi à comprendre et à apaiser cette douleur, à mettre des mots et des noms dessus. Mais en fait, son souci au petit Dems, ce ne serait pas un complexe d’Œdipe irrésolu ?

 

 

Chaque piste renferme un secret que Damso révèle à moitié, et qui éveille en toi et moi un questionnement constant. Je t’avoue qu’un des morceaux a particulièrement perturbé et sollicité la réflexion de mon petit cerveau. As-tu élucidé le mystère d’ ‘Ξ.Une Ame pour Deux’ , qui marque la fin de ce pèlerinage psychologique éreintant qu’est l’album ? Je suis sûre que tu as été parcouru de frissons à l’écoute de ce titre, lorsque tu t’es toi aussi imaginé en train de baiser une pute roumaine croisée en chemin, qui tout à coup t’annonce être ta mère et te demande de continuer… et en plus si tu pouvais y aller plus fort ça l’arrangerait ! Je me suis moi aussi contextualisée la scène, mais en tant que femme, cela a simplement égayé de nombreuses interprétations en moi. Toujours est-il que j’ai songé à une explication à cette folie musicale, et je suis parvenue à une hypothèse. Œdipe, comme tu le sais sans aucun doute a tué son père pour épouser sa mère : c’est exactement l’attitude de Damso dans le quatorzième et dernier son de l’album. Il combat le mac, qui est en réalité son père, pour continuer ce viol dont la nature change peu à peu, puisqu’il devient consenti et a vocation à être intensifié… Je suis gentille alors je t’épargne le rappel des détails très exhaustifs et très charmants qui découlent de ce rapport sexuel très perturbant. Mais tu te souviens, Damso se réveille de ce mauvais cauchemar quand sa mère lui annonce qu’il n’a pas changé d’un poil pubien… C’est dans une clinique qu’on retrouve le monsieur à l’univers très nwaar, et qu’on nous apprend qu’il a tout simplement été victime d’un transfert d’âme qui n’a pas abouti car il a été sauvé par son flow unique. Ne compte pas sur moi pour nier son talent et son originalité car tu l’as bien compris, Damso aime la dentelle sur les femmes mais il ne fait pas dedans (la dentelle, pas la femme).

 

Ce que je retiens dans tout ça, c’est que Damso, et l’homme en général se construit émotionnellement grâce à la femme. Tout d’abord celle qui l’a porté, et celle qu’il veut par la suite aimer et enfanter. Chaque homme dans sa maturation inconsciente est perturbé entre ces deux images féminines : celle de la Madone qui donne la vie incarnée par sa mère, et celle de la Putain qui lui permet d’assouvir ses désirs primaires incarnée par toutes les femmes qu’il croise dans sa vie. La Putain, c’est la femme qui est érotique et désirable, qui recherche le plaisir pour pouvoir le donner à son tour. C’est cette emprise de la femme sur l’homme que Damso a su mettre en lumière, en la diabolisant pour s’en protéger mais aussi en lui opposant l’image de pureté de la mère. De quoi résulte un rappeur blessé par la femme, soigné par son antre, et meurtri à jamais par son incapacité à l’aimer causé par ce double rôle qu’elle incarne, malgré une attirance inextinguible et indéniable. ‘Ipséité’ comme son nom l’indique, est avant tout une recherche de l’artiste dans l’immensité de son âme à moitié morte, et dans tous ses paradoxes. Damso cherche à évoluer, à avancer avec ses nombreuses failles sans pour autant le vouloir réellement : ses créations le font vivre, mais elles renforcent par la présente la ténacité de ses démons et la vivacité du double jeu féminin. Son évolution personnelle, comme celle de tout homme, doit se solder par l’abandon de la mère et l’acceptation de la putain. Mais j’ai jamais dit que ta mère était une pute !

 

Par Mélina Diago.

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