Pourquoi la techno déteste-t-elle l’EDM ?

Depuis quelques temps on assiste à une haine de la part des amateurs de techno envers le grand méchant EDM. Une petite guerre qui oppose deux sous-genres, qui font pourtant tous les deux partie de la grande famille que sont les musiques électroniques.

Pour comprendre le débat il faut d’abord rappeler les origines de ces 2 genres :

D’un côté la techno, arrivée dans les années 80 dans les clubs et soirée de Detroit aux États-Unis pionnière, s’écoute volontiers en clubs et autres warehouses par un public encore assez intimiste. Ses Dj phares sont Derrick May, Laurent Garnier, Jeff Mills, Carl Craig

De l’autre, un sous-genre né dans les années 90/2000 mais qui a connu un essor beaucoup plus récemment, originaire des USA, s’écoute plutôt en plein-air, lors d’immenses festivals et connaît un auditoire beaucoup plus large. Ses Dj phares sont : David Guetta, Diplo, Avicii, Tiësto, Calvin Harris

-L’aspect commercial d’un côté, revendicatif de l’autre.

Pourtant les deux genres ont au moins en commun de faire partie de la musique électronique. Alors, pourquoi tant de haine ?

Ce que reprochent les amateurs de techno à l’EDM, c’est avant tout un manque de créativité artistique. Beats répétitifs, drops en folie, il est vrai que l’EDM telle qu’on la connaît est assez prévisible et suit un schéma concentré autour du drop qui est malheureusement, un peu toujours le même.

Le deuxième reproche du côté techno, c’est l’aspect commercial qui nourrit l’EDM. C’est vrai que quand on voit le prix du festival Tomorrowland, on comprend que l’on ne paie pas seulement pour la musique… Et effectivement un festival d’EDM c’est en plus de musique, un véritable spectacle, un show : lancers de gâteaux, feux d’artifices, une foule en délire, concours de déguisements… On ne sait plus trop si on est venus pour assister à un spectacle du Cirque du Soleil ou pour apprécier le talent des artistes.

D’ailleurs quand on fait quelques recherches par rapport à la définition du mouvement, il est très clairement défini comme : « la scène commerciale de [la] musique électronique ».

Quand les valeurs de l’EDM sont la fête, la convivialité, l’amusement d’une part, la techno, elle, se veut plus revendicatrice, pionnière de l’autre : De ses origines à Detroit en passant par les raves, la techno a globalement toujours eu un caractère revendicatif, intimiste. Un style pionnier, qui a mis du temps à se faire accepter, à se faire comprendre qui se sent aujourd’hui bafoué par ce qu’ils pensent être une banalisation artistique, associée à un esprit de consommation. Les « puristes » cherchent avant tout la découverte, l’intimité, ce côté « underground » et il est normal qu’ils ne se reconnaissent pas dans l’EDM, qui cherche à attirer un public beaucoup plus large.

L’ironie c’est qu’aujourd’hui on constate un essor de la techno commerciale, « monopolisée par des gens qui veulent reproduire encore et encore les mêmes choses » comme le témoigne Mount Klimbie. De même, de plus en plus de festivals assez commerciaux comme Coachella ou Tomorrowland proposent de plus en plus d’artistes « underground » dans leurs prog’. Y compris le trio fondateur de Détroit.

L’attrait de l’argent plus fort que l’art ?

Finalement, l’EDM connaît, comme la techno un certain nombre de « haters », bien que le genre connaisse aujourd’hui un engouement croissant, notamment chez les jeunes. Cet engouement nous prouve que l’EDM représente et correspond aujourd’hui aux attentes du public en matière de musique qu’elle soit créative, ou non. Cela relance l’éternel débat : « L’art peut-il être commercial ? », une question qui n’a pas vraiment de « bonne réponse » comme tout débat enflammé. Pour certains, la réponse à cette question est oui, et la musique, comme n’importe quel autre bien de consommation, pourrait être faite pour répondre à un besoin : faire la fête, et ne prétendent pas vouloir plus.

Alexandra Letort

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