Vous les entendez ces cuivres percutants, ces percussions tamisées, ce synthé des années 80 et cette voix au grain si particulier ? Non ? C’est normal. L’artiste dont on va vous parler n’en est pas à son premier coup d’essai et pourtant, JMSN reste encore trop méconnu du grand public. On vous offre donc sur un plateau d’argent ce diamant à l’état brut qui ne cesse de nous surprendre et de nous éblouir à chaque album.

Des musiques qui oscillent entre Soul et Jazz, un flow qui nous transporte 40 ans en arrière et à la fois si moderne, ce sont les marques de fabrique de Christian Berishaj, plus connu sous son nom de scène, JMSN (se lit Jameson comme son whisky préféré, tout simplement).  Ce chanteur-compositeur américain est aussi producteur, musicien autodidacte et ingénieur du son, rien que ça.

Vous l’aurez compris, le domaine de prédilection de JMSN est la Soul, mais c’est en tant que nouvel espoir du RnB qu’il fait ses débuts sur la scène musicale une décennie plus tôt. A l’époque, il est comparé à The Weeknd par The Guardian et validé par Usher. En 2012, il sort son premier album Priscilla sous le nom de Christian écrit et produit par ses soins. Des prods empruntées à l’électro pop et très clairement produites sous le signe du RnB, il avait tout pour être le concurrent direct de Justin Timberlake, mais il en décida autrement.

Expérimentation et Passion

Un artiste est-il complet à son arrivée au sommet de sa gloire ? La célébrité étant la récompense et la certification de la valeur de l’artiste, on pourrait penser que oui. Dans le même temps, la plus grande difficulté des artistes connaissant le succès est de continuer à faire évoluer et faire mûrir leur univers. C’est peut-être cette différence qui fait que JMSN détonne: son évolution permanente. Chaque année, chaque album; car oui, il sort bien un album par an, nous dévoile une nouvelle facette de son talent et de sa personnalité. Son dernier album, Velvet, sorti l’année dernière n’a pas fait exception. Certes, l’artiste commence à se conforter dans une ligne directrice de plus en plus précise avec son style rétro soul, mais on le découvre plus funky que dans Whatever Makes U Happy, son album précédent.

En revanche, peu importe la musique, force est de constater que la passion prime sur la fame pour JMSN, et il fonde son évolution sur l’expérimentation. Il souligne d’ailleurs son désintérêt pour l’argent dans l’interlude de It is, Juice. Un simple dialogue qui évoque sa ville d’origine, Détroit, et montre son embarras lorsqu’on lui parle d’argent et affirme la conviction que l’argent occupe une place trop importante dans nos vies à tous.

Pour se découvrir, il expérimente tous les styles, tous les instruments, toutes les variantes de voix, tous les nombres de pistes, etc. Il expérimente aussi dans ses clips vidéo qu’il dirige lui-même. Des clips parfois étranges, dérangeants ou très travaillés, nuls ne se ressemblent. Par ailleurs, JMSN aime jouer sur l’effet amateur que ce travail sur son art lui donne afin de gagner en authenticité et en émotion. Cela passe à travers une sonorité très acoustique qui nous transporte directement dans son studio d’enregistrement avec lui. Il pousse l’idée encore plus loin sur les albums Whatever Makes U Happy (2017), et Live North Hollywood (2016) en laissant l’auditeur écouter la fin des enregistrements en studio alors que la musique est coupée, nous faisant assister à ses cris de joies, ses dialogues avec son équipe, ou le rangement des instruments.

Érotisme et Soul

Comment parler de JMSN sans parler de la sensualité qu’il véhicule à travers son image et sa musique. Dans son univers, le rouge domine. Rouges sang sont ses fonds, ses tenues, ses lumières. Ce même rouge qui symbolise la passion, l’amour et la chaleur qu’il transmet dans ses chansons aux vibes langoureuses. Ce caractère érotique fait non seulement partie de son art mais aussi de son identité et est utilisé comme vecteur d’émancipation. En effet, JMSN est un artiste qui se veut libre : libre des labels, libre dans sa création, mais aussi libre dans sa façon d’être. Il remet en cause la masculinité avec son apparence et défie les lois du genre avec ses talons, ses décolletés et ses costumes en velours. Il le fait également avec des chansons comme Be a Man : « Nobody’s gonna understand, Nobody’s gonna hold my hand, Oh lord knows I tried to understand, What it takes to be man”. JMSN, c’est finalement un artiste mélancolique et authentique, qui évolue constamment dans ses choix artistiques et qui sait redonner son âme à la Soul.

Enjoy & Stay Tuned.

Iris Boyé